Anthropologie du Nouvel Age (New Age). 

 

CRAI 2007-2008.

 

Anthropologie de l’imaginaire social,

le cas du Nouvel Age (New Age).

 

 

 

Le New Age .

 

Phénomène contemporain, le Nouvel Age (New Age), concerne, de par le monde des millions d’individus.

D’abord, nous rappellerons ce qu’est le New Age (fondements : définitions, pratiques, histoire).

Enfin, nous proposerons une interprétation sociale et culturelle.

Pour ce faire nous utiliserons deux types de sources, externes et internes :

Universitaires, soit les thèses produites sur le mouvement en Grande Bretagne et aux Amériques, notamment

-          les remarquables travaux du professeur Daren Kemp, membre de l’American Behavioral Scientist), professeur à Cardiff et à Londres, d’après sa thèse The Christaquarians ? a sociology of Christians in the New Age, 2000, dont nous résumons les thèses anthropologiques et sociologiques ci dessous,

-          ceux de Sabina Magliocco, de l’Université de Pennsylvanie, spécialiste des mouvements néo païens, elle a publié en 2004 : A witching culture, folklore and neopaganism in America.

-          Les travaux de Lauric Guillaud, 1997, Histoire secrète de l’Amérique, et notamment les pages qu’il consacre à ce qu’il nomme Le Grand Réveil.

-          Ceux de Marie Jeanne Ferreux : Le Nouvel Age ritualités et mythologie contemporaines, L’Harmattan, 2000.

 

Publiques, soit l’écho donné sur Internet aux publications produites directement par les mouvements du NA, les romans et productions artistiques qu’il a suscitées et nous attacherons à rendre compte d’un de ses courants, le Nouvel Age néo celte.
 

Le Nouvel Age : histoire, définitions.

 

DEFINITIONS.

La date de fondation du mouvement New Age est habituellement attribuée à la publication de l’ouvrage de Marilyn Ferguson "Les Enfants du Verseau" en 1980. Or, si l’on doit en rechercher de façon rigoureuse les sources et l’inspiration, nul ne peut faire l’impasse sur la contribution de Paul Le Cour un des fondateurs de la revue traditionnelle Atlantis, en 1927, qui publie en 1947, aux éditions de cette revue, un ouvrage intitulé «L’Ere du Verseau, l’avènement de Ganimède ou du Christus Aquarius».

Observateur du désordre qui, pour lui s'empare, de l'Humanité, Le Cour interroge la Prophétie de Saint Malachie (1595) laquelle prévoit la fin de la papauté, une Nouvelle Renaissance. L'étude du Zodiaque lui permet alors d'anticiper sur ce passage prévu lors de l'avènement de l'ère du Verseau en 2160. Ere succédant à celle des Poissons, elle durera jusqu'en 4320 en vertu de la théorie astronomique de la précession des équinoxes découverte par Hipparque.

Ganymède, l'échanson des dieux, est le personnage mythologique qui incarne le Verseau, la boisson qu'il sert étant tantôt celle de Dionysos, tantôt celle du vase celte de Corydwen ou encore issant du Graal. Ganymède tient le vase sacré, figuration du coeur et l'ère du Verseau doit être celle de la réconciliation des religions salomoniques, âge d'or retrouvé d'une plus grande justice, d'une paix et d'une harmonie, âge d'une religion qui, autour du Christ, roi du Monde,  aura retrouvé le sens des mystères qu'elle renferme.

L'avènement de Ganymède sera aussi, pour Le Cour, celui des initiés, apôtres des temps nouveaux, à une compréhension du sens caché des mythes et des rites.

Il fait, pour de nombreux spécialistes, figure de fondation dont s’inspirent les résurgences actuelles, parmi lesquelles les livres de David Spangler, qui connaissent un succès international incontestable. Les uns et les autres contribuent à réaffirmer la profession de foi de Le Cour: "apporter un peu de lumière au milieu des ténèbres dans lesquelles nous marchons et remplacer l’inquiétude qui pèse sur le monde par une merveilleuse espérance"[1].

Dix ans plus tôt, Louis Colombelle, dans un ouvrage intitulé l'Evangile du Verseau [2] -que curieusement Le Cour ne cite pas- propose une version des Akashic Records selon Levi H Dowling[3], collection de connaissances mystiques délivrées par les dieux dans l'éther et qui auraient été transmises à partir d'une base unique dans les traditions Vedas, Celtes, Egyptiennes, et dans la Bible.

L'Evangile du Verseau est composé de 22 livres (cf le nombre de lettres de l'alphabet hébreu) et insiste particulièrement sur le rôle de Jean Le Baptiste come précurseur. Prônant une spiritualité influencée par la théorie des cycles et des âges, il raconte également les séjours de Jésus aux Indes, au Thibet, en Perse, en Assyrie, en Grèce et en Egypte au temps de sa vie cachée, où il rencontre les Conseil des Sept Sages du Monde lequel au Livre 12 de l'Evangile annonce:

« Le Nouvel Age exige la liberté, l'espèce de liberté qui fait de chaque homme un prêtre et lui permet d'aller tout seul déposer ses offrandes sur l'autel de Dieu » et le texte d'indiquer que sur cette voie, il n'est de chemin que collectif.

Il est frappant de constater que la plupart des thèmes présents dans les groupes du Nouvel Age sont déjà là en tant que potentialités.

Souvent défini plus comme réseau que comme mouvement idéologique ou religieux au sens traditionnel du terme, le New Age récupère le « religieux flottant », y mêlant occultisme, religions antiques, cultures primitives, puritanisme, orientalisme, astrologie, paganisme, sorcellerie et néo-celtisme.

Aux USA, le New Age participe dans les années 70 du mouvement de la Contre-Culture, dont l’hymne fut la comédie musicale « Hair »:

« lorsque la lune sera dans la septième maison,

et que Jupiter s’alignera sur Mars,

alors la paix guidera les planètes,

et l’Amour dirigera les étoiles ».

Son avènement devrait réaliser la fusion du Grand Tout d’où la proposition d’une vision holistique de l’être humain qui abandonnera son individualité pour s’y fondre, s’y diluer, liquidant les rationalités les plus assurées.

Une des voies précisées par le New Age est l’écologie comme resacralisation de la science, d’une nouvelle relation entre une partie unique et un Tout universel. Il séduit ainsi les amoureux de la Nature et de la Liberté en créant des coopératives de vie nouvelle aux noms séduisants: Vert Monde, Environnement sans Frontières, affirmant leur intention de purifier la planète. Dans la perspective du New Age, l’espèce humaine devient ou réintègre le Grand Tout dont elle n’est qu’une partie analogue à n’importe quelle espèce animale.

Le Nouvel Age reprend ainsi à son compte certains thèmes développés par les partis d’extrême droite avant guerre, aspirant à un ordre politique accordé à l’ordre cosmique, pouvant dans certains cas paroxystiques (sectes type Ecovie, Nouvelle Acropole, Invitation à la Vie Intense,) être assimilé aux éthiques et aux logiques de mutation de la race qui inspirèrent l’œuvre du nazisme (Ordre de Thulé). Cette tentation n'est pas absente de notre univers contemporain comme en témoignent les remous suscités par l'organisation en Février 99 des assises de la Nouvelle Ecologie, proche des théoriciens de la Nouvelle Droite, elle-même porteuse d'idéologies profondément réactionnaires. A cet égard certains éditoriaux de Le Cour dans la revue Atlantis dans les années 30 étaient au moins ambigüs.

Présentant des éléments spécifiquement totalitaires, le Nouvel Age peut sembler afficher la prétention de tout expliquer, de s’affranchir de toute expérience, de créer des communautés laboratoires d’une humanité nouvelle. Un des risques, souvent invoqués, est que seul le registre imaginaire y soit convoqué et que les barrières qui aménagent la communication entre les hommes en soient proscrites. Or comme l’écrivait Hannah Arendt, « l’espace entre les hommes tel qu’il est délimité par les lois, est l’espace vital de liberté ».

 

Pour faire la part des choses, et prendre unrecul critique, tentons d’en lire les pratiques.

Approche anthropologique.

Il est de fait difficile de définir ce mouvement autrement que par ses manifestations, si l’on s’en tient au sens commun cela désigne effet :

-          une période historique déterminée par les étoiles (ère du Verseau,

-          un ensemble de cultes, allant des orientaux aux celtes, via les chamaniques, et prenant la forme d’un nouveau mouvement religieux, une nouvelle spiritualité,

-          la manifestation en retour de traditions immémoriales et durables,

-          une forme de relation narcissique à soi, à son corps, à ses affects.

Les  pratiques elles-mêmes sont, de ce fait, signifiantes, elles concernent :

-          la santé, appelant à une nouveau style de vie basé sur ue philosophie holistique et utilisant des techniques charismatiques, non physiques (chakras, auras) ou tactiles (travail sur le corps), dans le but de canaliser les énergies.

-          la méditation , en contrepoint des projets individuels, le NA appelle à un accroissement de la conscience interne en faisant appel à un réseau planétaire de conscience télépathique de correspondances contribuant à « une convergence harmonique ».

Les pratiques suivies ne font en aucun cas à un réseau centralisé, chacun développant ses propres approches dans des groupes constitués en ateliers reconstituant peu ou prou un certain nombre de rites initiatiques, signaux de départ d’une quête spirituelle.

Les rituels employés font ainsi appel aux sociétés traditionnelles : des indiens américains aux chrétiens via les celtes, la FM, l’Orient, etc. resitués dans une position post-moderne. Ils comportent le plus souvent danses en cercle, en spirale et invocations accompagnés de musique et ont influencé certaines créations contemporaines. Ils visent tous à instaurer l’Unité.

Daren Kemp estime que si l’ésotérisme a influencé le NA, c’est d’abord par la sécularisation de ses thèmes, ses logiques non causales, et fondées tant sur les courants théosophiques qu’une certaine psychologisation de l’occultisme.

Pour autant le NA n’échappe pas au capitalisme de marché qui en récupère les thèmes.

Le recrutement des pratiquants se fait le plus souvent de bouche à oreille ou par des informations diffusées par les différents centres, aujourd’hui relayées par internet. Les festivals en sont les manifestations les plus visibles, attirant des milliers de visiteurs (ex Festival for Mind - Body – Spirit à Londre en 79 : 100 000 visiteurs.

Le NA constitue donc un réseau à la fois :

-          psychologique et communautaire,

-          ésotérique, formé de groupes quasi religieux, thérapeutiques, culturels ou associatifs,

-          spirituel, signalé par des pratiques extraordinaires.

Ses clientèles sont choisies, régulières, et incluent étudiants, « explorateurs » ; elles se recrutent tant à l’interne qu’à l’externe.

 

 

Portrait du New Ager:

L'adhésion aux mouvements est fondée, pour la plupart des individus, sur une insécurité personnelle, une religiosité émotionnelle en même temps qu'une critique consciente de la religion. Elle se manifeste en deux temps pour l’usager:

·         une base individuelle: narcissicisme, self religion, et ce à partir d'une expérience spirituelle personnelle qui va donner sens à sa vie, parfois avec influence de guides ou de maîtres,

·         un besoin communautaire exprimé: insatisfaction des normes traditionnelles, recherche de pratiques alternatives et thérapeutiques qui contribuent à un mieux être: « si vous travaillez avec la déesse certains aspects particuliers, quelque chose survient ». Starhawk, London, 1997.

Le NA typique a 36 ans et +, est une femme à 52 %, plutôt un col blanc, bien éduqué, aisé, opposé à la bureaucratie et au complexe militaro industriel, il s'engage dans des structures communautaires et sociales.

Il est issu des professions suivantes :

·         Thérapeutes : 20%

·         Retraités : 13%

·         Etudiants : 12%

·         Cadres salariés : 12%

·         Travailleurs sociaux : 7%

·         Femmes au foyer : 6%.

Les activités les plus pratiquées (80%) sont la visualisation créative, l’aromathérapie, la réflexologie, les massages, la cristallographie.

Les Newagers lisent à 75% des ouvrages issus du milieu.

Leur adhésion se fait en quatre phases :

1.        Curiosité intellectuelle

2.        Expérience individuelle :mystique ou psychique,

3.        Rencontre de groupes ou leaders charismatiques,

4.        Agrégation à une communauté et pratiques de rituels collectifs induisant une découverte de sens.

 

Histoire.

Ses origines sont prolixes, on cite le plus souvent nombre de mouvements occultistes et ésotériques occidentaux et orientaux :

- dans le monde antique : la gnose, l’hérésie valentinienne, le celtisme, les Esséniens, l’Atlandide et les lémuriens,

- dans le monde médiéval : les Cathares (12ème et 13ème siècles), Maître Eckart (1260-1327), dominicain mystique condamné par le pape Jean XXII en 1329 pour son évolutionnisme mystique,

A la Renaissance,

Giordano Bruno (1548-1600), dominicain, mathématicien et occultiste prônant la multiplicité des univers,

Paracelse (1493-1541) médecin spagyriste aux théories non conventionnelles, précurseur de l'homéopathie et d'une médecine holistique,

Cornélius Agrippa (1486-1535), philosophe occultiste, cabbaliste, emprisonné pour ses idées,

Jacob Boehme (1575-1624), écrivain mystique qui décrivait deux mondes parallèles, le céleste et le terrestre. Pour lui, les hommes devaient renaître au monde céleste où un « Nouvel Age » leur serait révélé.

A l'époque moderne :

Swendenborg (1688-1772) a influencé de nombreux écrivains, d'abord anatomiste et physicien, il révèle dans « On Heaven and Hell » 1758, les prémisses du 5ème âge celui de la 2ème incarnation.

William Blake (1757-1827) utilise le terme New Age dans le sens actuel et dans une signification ésotérique, inspirée par la tradition néo platonicienne et hermétique. Il était membre de l'Eglise de Swedenborg, la « New Jerusalem Church ».

Friedrich Oetinger,(1702-1782), pasteur luthérien qui communiqua avec les esprits, fut également Naturphilosoph et alchimiste. Nourri de Boehme et de kabbale, il se fit l'exégète de Swedenborg.

Anton Mesmer (1734-1815), théoricien du magnétisme animal, expérimentera ses observations de la circulation du flux énergétique chez l'être humain et ouvre des voies très fécondes trop tôt interrompues par les tenants d'un positivisme étroit[4]

Dans le monde contemporain, les prémisses du NA sont dus aux Fox Sisters, lesquelles à Hydesville, dans l'Etat de New York, vulgarisent le magnétisme, les spiritualités populaires.

En 1914 est créée, à Londres, l'Alliance internationale « New Thought » pour laquelle le monde mortel est à redécouvrir dans toutes ses dimensions et qui milite pour l'unité retrouvée du Christianisme. De son côté, la Christian Science, plus hiérarchisée, prône un monisme ontologique et l'immortalité de l'âme.

La Théosophie, fondée pr HP Blavatsky en 1873, à New York, est un mouvement pan religieux militant pour la Freternité Universelle, l'étude comparative des religions, la découverte des lois inexpliquées de la Nature, elle va cristalliser les milieux occultistes et intellectuelles et provoquer une véritable redécouverte des spiritualités orientales, notamment indiennes et thibétaines.

Son but initial était de réunir un groupe de chercheurs pour entreprendre l'étude systématique des théosophies antiques. Il fallait constituer un cercle de personnalités attirées par l'occultisme, fonder une bibliothèque savante et se mettre à une étude sérieuse des lois secrètes que semblaient avoir connues les Chaldéens et les Egyptiens. Henry Steel Olcott, né en 1832 dans le New Jersey,  en prit la présidence, Blavatsky le secrétariat. Parmi les membres, on trouvait Q. Judge qui jouerait par après un rôle considérable dans la ST, et Charles Sotheran, un des hauts dignitaires de la Maçonnerie américaine. En 1878, Olcott et H.P.B. partirent pour l'Inde. En 1882, grâce aux subsides de Princes et à une souscription, les fondateurs purent acquérir à Adyar, près de Madras en Inde, une propriété qui fut (et reste encore) le centre mondial de la Société Théosophique.

Annie Besant (1847-1933), l'autre grande figure de la ST, FM, lutta d'abord pour l'athéisme en militant dans une société laïque nationale. Elle combattit ensuite pour la limitation des naissances. Elle défendit le socialisme matérialiste et prit fait et cause pour le féminisme. En 1889, elle embrassa la ST. On lui doit près de cent livres, elle milita pour la libération des Indes et soutint le mouvement nationaliste. Elle créa également la première école de filles hindoues.

Le mouvement théosophique regroupe diverses doctrines qui visent à la connaissance de Dieu par l'approfondissement de la vie intérieure et à l'action sur l'univers par des moyens surnaturels, elle prône également l’unité retrouvée entre les religions. Mme Blavatsky, sa fondatrice avec Henry Steel  Olcott apparaît comme quelqu'un qui posséde des pouvoirs psychiques et semble investie d'une mission spirituelle. Elle est en relation avec ce qu'elle nomme "les Maîtres", esprits puissants de l'au-delà avec lesquels elle peut entrer en contact. Ils la guident dans ses actions et dans sa vie. La Société Théosophique dispense un enseignement ésotérique qui repose sur une croyance en l'évolution de l'individu vers la perfection suprême à travers des vies successives. Nous retrouvons ici la notion orientale de réincarnation basée sur le karma.

C'est au siège de la société en 1909, à Adyar, que le théosophe Charles Leadbeater rencontre Krishnamurti, alors âgé de 14 ans.

Charles Webster Leadbeater est l'un des collaborateurs d'Annie Besant seconde présidente de la ST, il est considéré comme clairvoyant au sein de la société. Lorsqu'il rencontre Krishnamurti sur la plage d'Adyar lors d'une promenade il est frappé par l'aura de l'enfant et prédit qu'il sera un grand orateur et un instructeur spirituel. Il y a déjà quelque temps que le mouvement théosophique annonce la venue de l'instructeur du monde, un nouveau Christ apportant l'aide sur la terre et renforçant la spiritualité que les hommes ont perdue. L'un des rôles de la théosophie est de préparer l'humanité à la venue de ce messie. C'est Krishnamurti qui est reconnu par Leadbeater pour remplir cette mission.

Annie Besant décide de prendre son éducation en main en Inde, à Londres et même à Paris. En 1910, à 15 ans, Krishnamurti publie son premier livre "Aux pieds du Maître". Annie Besant l'installe à l'âge de 16 ans à la tête de l'Ordre International de l'Etoile d'Orient qui a pour but de préparer l'opinion publique à recevoir l'Instructeur mondial. Jiddu Krishnamurti devient vite un penseur de grande envergure, ne relevant d'aucune religion ou doctrine philosophique. Mais, il ne croit pas à l'existence des "Maîtres", et déteste être l'élu que les théosophes veulent faire de lui. Il récuse donc avec fermeté son rôle messianique. Le 3 août 1929, en présence d'Annie Besant, et devant un auditoire de 3000 personnes, à Ommen (en Hollande), Krishnamurti annonce la dissolution de l'Ordre de l'Etoile, qui compte alors 60000 membres et des biens importants. Son chemin sera désormais solitaire mais son influence restera considérable. Sa pensée est aujourdhui également très invoquée dans les cercles du NA.

L'une de ses convictions de base est que les transformations de la société ne peuvent s'accomplir sans une transformation de la conscience de chaque individu. "La vérité est en nous", même si, pour la rechercher "une collaboration amicale sans aucune autorité est préconisée". Pour lui, l'important est donc la connaissance de soi, libérée des contraintes et des limites de la religion et du nationalisme. L'homme a créé les représentations religieuses pour satisfaire un besoin de sécurité, dit-il, d’où la mise en doute de toute parole émanant d'une autorité, quelle qu'elle soit. Une de ses déclarations le résume parfaitement : "Ma seule préoccupation est de rendre les hommes absolument, inconditionnellement libres". Pour lui, "la vérité est en nous". Mais chercher seul n'est pas pour autant impératif, une "collaboration amicale sans aucune autorité" est préconisée. La Vérité est un pays sans chemins, que l'on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu'elle soit: aucune religion, aucune secte.

D'autres théosophes sont également cités parmi les précurseurs du NA:

 

Rudolf Steiner (1861-1925), fondateur de l'anthroposophie, branche dissidente de la ST, prônant notamment une méthode éducative fondée sur la créativité,

Alice Bailey (1880-1949) qui est considérée comme un leader du NA en Grande Bretagne , contacte le moine thibétain DjWhal klud et fonde l'Arcane School en 1923.

On cite encore des personnages importants comme Gurdjieff (1886-1949) , qui propose un ssytème psychologique fondé sur les lois cosmiques, Aleister Crowley (1875-1947) , Dion Fortune (1891-1946) et des mouvements comme la Golden Dawn, ou la  Christian Science.

Les tendances fondamentales de ces mouvements qui seront ceux du NA concernent trois domaines :

-         la santé dite holistique: habiter son corps totalement et avoir recours aux médecines traditionnelles, végétales, à l'acupuncture, à l'aromathérapie...

-         le potentiel humain, en travaillant l'influence du psychisme sur le physique

-         le respect de la Nature et de l'environnement.

Ceci implique d'adopter un style de vie différent et les acteurs du NA vont ainsi développer des thèmes récurrents:

-         la libération de la femme,

-         la protestation contre les guerres, le nucléaire,

-         l'émergence de la jeunesse, la culture rock, la contre culture ou la protestation diffusée dans nombre de « free festivals » Wight, Woodstock, Glastonbury..

-         l'ouverture morale de la société: libération de le sexualité, de la contraception, des drogues.

Diverses communautés verront le jour, dans des lieux chargés sur le plan spirituel (Glastonbury) ou naturel (Big Sur à Esalen, Findhorn en Ecosse).

Elles proposent toutes une philosophie NA :

-         sur le plan métaphysique, un panthéisme impersonnel et amoral, moniste, cyclique, d'où un syncrétisme qui met l'accent sur les ressemblances entre religions  pour n'en garder que l'essentiel, le NA ne connaît ni divinités ni panthéons , et toutes les positions sont possibles si tolérantes. La spiritualité NA est donc situationniste et vise à l'efficacité immédiate; elle resacralise la mort car la vie continue après elle, pour certains sous forme de réincarnation, d'où le développement des techniques qui rendent compte de la vie après la vie: NDE, channeling, etc...

-         sur le plan épistémologique,  l'homme est un tout, et la nature humaine recèle un être spirituel potentiel,

-         sur le plan éthique, le relativisme généralisé et situationnel, le changement de conscience ne peut se faire qu'en récusant les dogmes contraignants, en éliminant hiérarchies et clergés,

-         sur le plan historique, la réalité est insécable, unifiée et l'humanité est engagée dans un processus d'évolution au delà du temps, ainsi le NA (Ferguson) développe les théories de Teilhard de Chardin: cosmo genèse, christo genèse, néo génèse, point Omega, rejoignant celles d'un Fritjof Capra (1982) affirmant que nous sommes parvenus au point tournant de l'histoire : l'Age du Verseau .

-         Nous sommes là partagés entre évolutionnistes (d'Irénée aux puritains de la Nouvelle Jérusalem fondateurs de l'Amérique (Guillaud) et post modernistes, quand la globalisation des échanges propose une pluralité de choix aux individus et relativise l'approche des croyances.

Comme les protestants incarnaient l'esprit de la modernité, le NA est celui de la post modernité. Il répond aux crises qu'elle suscite en annonçant une nouvelle ère, en rejetant les croyances traditionnelles, en valorisant le soi et en adaptant de nouvelles normes de fonctionnement (ex rejet des partis politiques, implication globale) et, paradoxe, en même temps, encourage la consommation, les nouveaux réseaux etc.

Wilhelm Reich,(1897-1957), élève favori puis dissident de Freud, exclu de la Société psychanalytique, marxiste engagé, ensuite exclu du PC, fondateur des thérapies à implication corporelle, est le penseur qui a de notre point de vue le plus marqué le mouvement NA. Constatant la névrose de masse qu’il nommait peste émotionnelle, laquelle contamine nos sociétés occidentales, il appelait chacun à une grande et qualitativement nouvelle "révolution intérieure", pronostiquant que si de nouveaux êtres humains capables d'assumer leur liberté devaient voir le jour, cela ne pouvait se faire que par la prophylaxie des névroses à l'échelle des masses, par le bouleversement des pratiques éducatives –par une vraie "révolution extérieure". Et d'attirer notre attention sur le fait que « les biographies des grands explorateurs, philosophes, religieux, mettent en évidence que leur pensée originale était dérivée de l'expérience personnelle de leurs propres fonctions vivantes en tant qu'événements cosmiques ».

Nommant orgone ou énergie universelle, ce que d’autres avaient appelé quête du Graal, entélechie, Grand Oeuvre, chréodes, élan vital, fluide mesmerien, il proposait, au plan socio-politique,[5] de mobiliser les énergies sociales nécessaires pour vaincre la peste émotionnelle et en énonçait les impératifs:

·         en finir avec la politique (politicienne),

·         développer les tâches pratiques de la vie réelle, ce qu'il nommait la démocratie du travail.

·         mettre en œuvre de nouvelles rationalités pour lui fondées sur la raison, l'amour, la connaissance, le travail, restaurant le droit de critique et de discussion. Là où le moraliste et les institutions voulaient réprimer l'économie sexuelle, quand le refoulement sexuel renforce l'exploitation économique, Reich proposait de la mobiliser au service d'un projet de société énergétique, pour lui enjeu vital de la survie de l'espèce au prix d'une véritable autocritique politique. Définie par lui comme la force créatrice de la nature, il ne la présentait pas l’orgone comme une force électromagnétique, ni une matière mais comme se trouvant « au fondement des deux ». C’était , C’est pour lui «l’énergie vitale spécifique dont la vie est une des manifestations », base des phénomènes naturels les plus fondamentaux. L’orgone est en mouvement constant, lequel mouvement peut être observé selon des conditions particulières et qui a deux caractéristiques :

                             pulsation ou expansion illimitée, (élongation, dilatation),

                             contraction, (constriction),

Expansion et contraction sont, ainsi, les mécanismes premiers, radicaux, de l’énergie vitale[6] et toutes les impulsions et sensations biologiques, psychologiques et, par extension, naturelles, peuvent être réduites à ces fonctions fondamentales.

Pour le fonctionnalisme orgonomique, Corps, Esprit, Matière sont différents aspects de la même réalité, la création étant un processus continuel et observable, émotion, volonté, sensation sont les parties intégrantes du processus créatif, intégrant psychologie, social et faits naturels.

Nous retrouvons là la fonction symbolique du trajet anthropologique, décrite par Gilbert Durand qui fait la synthèse entre :

·         un imaginaire social ou psychologique et les réalités observables, le signifiant renvoyant un signifié en  arrière plan,

·         la coïncidence des opposés des alchimistes,

·         le mouvement dialectique du dépassement perpétuel,

·         le mouvement spiralique décrit par Reich est également présent dans le processus de connaissance étudié par Edgar Morin [7].

Là encore, on retrouve nombre des thèmes que nous observons dans les réseaux NA.

 

 

Sociologie du NA.

Il est difficile d'établir une sociologie du NA car il représente, de fait, la cristallisation de divers phénomènes religieux et spirituels. Les études anglo saxonnes le définissent comme « spins of spins », soit un réseau segmenté, polycentrique, intégré.

Dans une société devenue moins religieuse, le NA échappe aux catégories sociologiques (sectes, églises, cultes), car diffus, statistiquement insignifiant, avec un niveau d'organisation quasi nul.

Bainbridge (97) a défini une typologie particulière qui le caractérise à travers trois pôles:

- privé: il repose sur des comportements individuels sans organisation ni leaders, (organisation acéphale et réticulaire),

-         sans audience, ou quasi nulle, partagée informellement entre groupe et médias,

-         clientéliste, car fondée sur un échange de services relationnels oscillant entre consommation et adhésion.

Et pourtant le NA contribue à une réelle transformation sociale et ses adhérents y tendent partageant une vision holistique du monde relayée par une littérature populaire et en même temps souvent questionnée sur le mode de la conspiration.

Mouvement socio culturel apparu dans les classes moyennes de l'Occident à partir des années 60, il a développé ses racines dans le Potentiel Humain et les mouvements post théosophistes et s'est formé par branches et groupes spontanés qui établissent des liens entre eux. Il contribue à ré enchanter le monde dans une société désenchantée par les religions instituées et dans un milieu culturel déviant et pluraliste adaptant une vue pérenne de la société.

Si les groupes du NA peuvent avoir des similitudes avec les groupes de religions instituées, ils n'occupent la même place ni comme religion ni comme spiritualité. Ils rencontrent l'hostilité manifeste de Eglises qui multiplient les mises en garde avec des justificatifs divers (conspiration, gnose, dogme...).

Un bon exemple de son influence sociale peut être recherchée dans les romans qui en émanent.

Les romans du Nouvel Age.

D’un point de vue socio-anthropologique, l’engouement mondial constaté auprès des publics les plus divers pour « les merveilleuses histoires » de la quête, ou romans initiatiques, n’est pas sans nous interroger sur la force de persistance du mythe et son inscription dans la réalité sociale. Nous sommes là dans les constats également posés par Patrick Tacussel qui situe cette force du fantastique au niveau « des représentations partagées, des attitudes et niveaux de conscience »[8], comme donnée essentielle de l’être ensemble.

Paulo Coelho est né en 1947 à Rio de Janeiro, sa notoriété est immense des deux côtes de l’Atlantique où ses livres sont des best sellers. L’Alchimiste, écrit en 1988, a été traduit dans vingt cinq langues et publié dans 56 pays (en France en 1994). Il raconte le récit d’une quête, celle d’un jeune berger andalou parti, à la suite d’un rêve qui lui a été interprété, à la découverte d’un trésor enfoui au pied des Pyramides d’Egypte. D’étape en étape, il en arrive à rencontrer un Alchimiste qui lui apprend à ne plus céder à la fascination des tableaux et des mots pour découvrir le Logos du Monde. Surtout, il découvre le langage des signes et le sens de sa légende personnelle, son propre Mythe, le véritable Amour et plus le héros s’approche de son rève, plus sa Légende personnelle devient la véritable raison de vivre(p.120)… car tout ce que nous craignons, c’est de perdre ce que nous possédons. Mais cette crainte ne cesse que lorsque nous comprenons que notre histoire et l’histoire du monde ont été écrites par la même main » (p.125).

La leçon de l’Alchimiste peut être résumée en deux citations: «Il n’y a qu’une façon d’apprendre , c’est par l’Action. Tout ce que tu avais besoin de savoir, c’est le voyage qui te l’a enseigné. » (p.127).

« Les sages ont compris que le monde naturel n’est qu’une image et une copie du paradis. Le seul fait que ce monde existe est la garantie qu’existe un monde plus parfait que lui. Dieu l’a créé pour que, par l’intermédiaire des choses visibles, les hommes puissent comprendre ses enseignements spirituels et les merveilles de sa sagesse. C’est cela que j’appelle l’Action ». (p. 199).[9]

Nous nous trouvons bien ici directement « branchés » sur des figures archétypales, celles de la Quête de l’Absolu ou de l’Ailleurs, du dépassement personnel et c’est sans doute ce qui assure le succès de ces œuvres. C’est le creuset des romans de Paulo Coelho.

Dans le Pélerin de Compostelle, écrit en 1987, et publié en France en 1996, nous retrouvons ce thème de la Quête sur la route légendaire qu’empruntent les pèlerins depuis le Moyen Age.

A travers le récit de l’initiation du pèlerin, dans une ancienne confrérie chrétienne, par la voie d’une errance à laquelle se soumet le héros, abandonnant travail et famille, on retrouve cette même recherche de la Vérité. Un maître, Petrus, accompagne le postulant à travers nombre d’épreuves et de rencontres. La quête mystique qui lui est proposée a un support matériel, l’épée du chevalier, elle a un contenu spirituel mythique que l’auteur résume ainsi. « le dieu endormi s’éveillait en moi et la douleur était de plus en plus intense...d’où plus de gratitude pour Petrus qui m’avait appris sans rien dire ce que j’attendais: mes rêves si je découvrais d’abord ce que je voulais en faire. J’ai vu la Croix nue et l’Agneau devant elle, libre de se promener où il voulait dans ces montagnes et de contempler les nuages [10]».

Le succès très important de ces livres dont le public a fait un véritable vade mecum, est similaire à celui que rencontrent les romans de James Redfield auteur de « The Celestine prophecy », « La Prophétie des Andes », vendue à des dizaines de millions d’exemplaires de par le monde, et qui suscite un engouement extraordinaire: émissions de TV et de radios, journaux, sites sur le Web, groupes de lecteurs, de formation... La structure narrative de ces œuvres est quasi-identique et voici comment la présente un des sites Internet qui lui est consacré:

Un manuscrit fabuleux rédigé six cents ans avant J.-C. Une prophétie : notre société va subir un grand bouleversement avant l’an 2000… Intrigué, le héros de cette histoire s’envole pour le Pérou à la recherche du mystérieux grimoire, objet de toutes les convoitises, qui va transformer sa vie.

Commence alors une aventure magique et enchanteresse, une dangereuse initiation : une quête en neuf étapes qui le mène du sommet des Andes au coeur de la forêt amazonienne sur la voie des révélations de la vie.

Quand, au terme de son périple, le héros découvre le vrai sens de son existence, c’est notre propre quête qui débute. Avec cet espoir: trouver la claire conscience de notre cheminement spirituel. »

Ceci n’est pas sans nous interroger sur cette réactualisation du mythe de la Quête initiatique en tant que phénomène social et ce d’autant plus que ni la qualité littéraire de l’œuvre, ni la notoriété des auteurs n’entrent en ligne de compte.

Dans le second cas, elle fait même figure de véritable philosophie et l’auteur qui, dit-on, « se passionne pour la renaissance de la spiritualité dans le monde », n’hésite pas, dans son introduction, à le proposer comme telle en invitant ses lecteurs à se mobiliser, ce qui semble très bien fonctionner donnant naissance à ce que l’on peut désormais appeler sa tribu:

« Depuis plus d’un demi-siècle, une nouvelle conscience s’est fait jour dans l’esprit humain, une conscience que l’on ne peut qualifier que de transcendante, de spirituelle. Si vous êtes en train de lire ces lignes, vous ressentez sans doute déjà ce qui se passe, vous le sentez au-dedans de vous-même. Nous sommes, à ce moment précis de notre histoire, tout particulièrement en harmonie avec le processus de la vie, et savons accueillir ces événements qui surviennent comme par hasard juste au bon moment, nous font croiser les individualités adéquates et impriment une nouvelle direction et une nouvelle inspiration à notre existence. Sans doute plus qu’aucune autre communauté à aucune autre époque, nous avons l’intuition que ces événements mystérieux recèlent un sens caché plus élevé. Nous comprenons que le sens de la vie réside dans un dévoilement progressif de l’élément spirituel, aventure magique et enchanteresse qu’aucune religion, aucune philosophie n’ont encore pu mener à terme.

Et nous savons aussi ceci: lorsque nous aurons saisi ce qui se passe vraiment, que nous saurons comment provoquer ces coïncidences et intensifier leurs conséquences, le monde des hommes franchira un bond véritablement sidéral vers un nouveau mode de vie que l’humanité essaie d’atteindre depuis toujours.

L’histoire de ce livre « La Prophétie des Andes » est une contribution à cette évolution. Si elle parvient à vous toucher, si elle cristallise en vous quelque chose que vous avez perçu dans votre vie, alors n’hésitez pas, faites partager votre expérience à quelqu’un d’autre. Je pense en effet que cette conscience nouvelle du spirituel se propage exactement ainsi, non à travers les modes. mais par les contacts personnels, par une sorte de contagion psychologique entre les hommes.

Il suffit de mettre nos doutes et nos errements entre parenthèses assez longtemps pour que le miracle se produise et que cette réalité devienne la nôtre ». 

Ce texte est, on en conviendra assez proche des idées liées à la culture néo-celte précédemment évoquée, elle inscrit dans une perspective mondialiste une néo-spiritualité dont les thème récurrents sont ceux de la Quête inachevée, de l’errance, du nomadisme, et de l’accomplissement spirituel.

D’ores et déjà l’observation des sites Internet consacrés à cette œuvre nous montre que son appel a été entendu et que sa tribu est désormais constituée.

Voici comment en parle un des propagandistes du message[11] de la Prophètie des Andes:

« Ce réveil spirituel se traduit par la création d’une nouvelle conception du monde, plus complète; elle doit se substituer à la conception dominante depuis cinq cents ans, qui nous poussait à chercher à survivre sur cette Terre et à nous y assurer un certain confort. Cette ambition technologique a certes représenté une étape importante, mais, en nous intéressant aux coïncidences dans notre existence, nous comprendrons le véritable but de la vie humaine sur cette planète et la nature réelle de notre univers. »

 Ce mouvement fondé, il faut bien l'admettre sur un ouvrage d'une grande pauvreté symbolique rencontre pourtant une inscription sociale évidente, proche du New Age, les adhérents au message étant, à l'examen des messages échangés sur unde ces groupes à la fois souvent dans un état de détresse psychologique évident et dans l'attente de guides spirituels.

Appartient également à cette veine l’œuvre de l’universitaire Barbara Wood, auteur d’origine anglaise qui vit aujourd’hui aux Etats Unis. Son roman « La Prophétesse[12] », qu’elle situe en 1999, nous paraît présenter, talent littéraire en sus, une bonne synthèse des précédents: quête d’un fabuleux manuscrit sacré intéressant l’avenir de l’humanité, opposition soigneusement entretenue entre une technique informatique tentaculaire qui revêt une figure diabolique et les idéaux utopiques de doux savants préoccupés d’humanité, conflit avec les religions instituées, syncrétisme religieux, usage de la symbolique des nombres et de l’ésotérisme, valorisation du rôle de la femme comme sauveur de l’humanité sur fond d’Apocalypse, rien n’y manque pour constituer les ingrédients d’un succès d’ailleurs considérable car, écrit-elle « le monde avait besoin de croire, mais les forces de la décadence, le doute, le désespoir minaient sans cesse les progrés de la foi »[13].

Elle nous a par ailleurs confirmé elle-même l'inspiration arthurienne de son œuvre romancée, son prochain roman sera d'ailleurs, nous écrit-elle le 17 01 99, un "Quest Story", The Fountain,  On y verra, ajoute-t-elle, un personnage appelé Morgana qui se croit la ré-incarnation de Morgane la fée, la sœur incestueuse, d'Arthur.

Plus près de nosud ans le temps, Luis Ansa, dans « La mort du chaman », préfacé par Henri Gougaud (2005, éd du relié) campe un groupe d’universitaires en séminaire avec des chamans mexicains.

Leur back ground occidental et rationnel est gravement mis en cause dans les épreuves et aventures auxquelles ils se soumettent jusqu’à leur initiation aux mystères de la religion de la Grande Déesse, laquelle leur révèle leur moi profond en même temps que la correspondance intime qui existe entre les différentes tradition initiatiques. Le dépaysement causé par leur transport sur les lieux les plus sacrés de indiens créant les conditions favorables à ces expériences aux limites.

Les rituels auxquels ils sont soumis reposent sur une pédagogie initiatique de l’étonnement, la découverte du mystère incontournable du principe féminin conducteur, quand ils retrouvent la faculté de se retrouver avec eux-mêmes en adoptant une autre manière d’être « dans l’infinitude des possibles qui leur sont offerts ».

Ils expérimentent ainsi la faculté présente en chacun de « se rapprocher de l’essence incompréhensible du Grand Esprit, dans cette région charnelle où l’homme ne le cherche jamais, dans son corps…car les chamans se trouvent dans le mystère de Dieu, l’ayant matérialisé psychiquement afin de pouvoir vivre et parler avec lui ».

 

Interprétation.

Dans l’ensemble de cette production, et c’est ce qui produit la fascination qu’elle exerce, se retrouvent les motifs archétypaux de la quête de souveraineté définis par Yolande de Pontfarcy[14], soit:

-     le fait insolite ou l’aventure, quête d’un savoir ou conquête d’un objet de désir, (quête du trésor dans L’Alchimiste, quête de l’épée dans Le Pèlerin de Compostelle, quête du manuscrit fabuleux dans La Prophétie des Andes et La Prophétesse).

-     l’isolement, l’incognito, le héros se coupe de son monde habituel pour être confronté au sacré, (ainsi le héros de l’Alchimiste découvre que le désert est plus important que l’oasis où pourtant l’attend celle qu’il aime, la Prophétesse va de désert en couvent car mise au ban de la société),

-     l’élection, après des épreuves physiques ou intellectuelles, morales ou amoureuses, le héros parvient à contacter l’au-delà et reconquiert ce qu’il (lui ou l’humanité qu’il représente), avait perdu, car, dit l’Alchimiste: « les sages ont compris que ce monde naturel n’est qu’une image et une copie du Paradis, …Dieu l’a créé pour que, par l’intermédiaire des choses visibles, les hommes puissent comprendre ses enseignements spirituels et les merveilles de sa sagesse » [15], la Prophétesse fait une expérience mystique qui lui permet de retrouver son unité perdue, la libération et la paix…

-     le motif exploité ou non de la vengeance: le héros de l’Alchimiste est battu longuement par un parti de soldats errants avant de parvenir au terme de sa quête, celui du Pèlerin de Compostelle doit affronter un chien sauvage, la Prophétie des Andes est marquée par une course-poursuite avec les soldats qui représentent le monde matérialiste et les pouvoirs terrestres), la Prophétesse est poursuivie à travers le monde par le propriétaire de la première marque informatique du Monde et si elle se mobilise dans cette quête c’est pour venger sa mère, savant méconnu …

-     On voit aussi déjà l’importance des images de la Mère, de la nature englobante et divine, d’une transcendance immanente qui rattache ces récits au régime mystique des images, quand la surabondance des schèmes féminins (la nuit des chamans) vient entrer en résonance avec le besoin d’intériorité de héros, de retrouver les sources de son anima au creux de la chaude intimité de la substance matricielle.

 

L'exemple du néo-celtisme.

L'exemple du néo-celtisme est également parlant à cet égard. Si notre connaissance de la culture celte reste minimale du point de vue des sources conventionnelles, le NA a rebâti une tradition celtique complète adaptée d'une spiritualité plus ancienne

Aujourd’hui, le néo-celtisme contemporain est un des lieux de résurgence de ces thèmes et de ces mythes, dans une autre visée, dont il appartient à des études plus poussées[16] de vérifier ce qui ressort du phantasme de maîtrise de la nature et de la quête spirituelle.

Le mythe est là aussi à l’œuvre, dans des formes qui sont souvent très éloignées  de la théologie des druides de l’Antiquité, du moins pour ce que nous pouvons en savoir. Il n’est donc pas inintéressant de tenter une percée dans cette nébuleuse mystico-ésotérique dont plusieurs chercheurs contemporains ont rendu compte[17].

Il nous semble un assez bon modèle de ce que vivent à la fin du 20ème  siècle les mouvements du New-Age, dans l’espace breton, réel et imaginaire, voire virtuel, les sites Internet consacrés à ces thèmes se multipliant.

Dans son enquête, Michel Raoult[18] a dénombré 668 appellations des sociétés néo-druidiques, bardiques, celtiques et assimilées dans le monde contemporain, dans un espace qui va des Etats-Unis d’Amérique à la Scandinavie, via la Suisse et l’Allemagne, les forts contingents de ces réseaux d’ailleurs souvent interconnectés se trouvant en Grande-Bretagne (36), en Irlande (13), en « Gaule » (32), aux USA(29) et leurs appellations variant autour des termes :

-          Eglise ou church (ex : …celtique, …celtique primitive, …druidique, …du Merveilleux peuple des fées etc).

v      Fraternité (ex : des bardes, celtique, …universelle des druides, …initiatique, …du soleil celtique etc),

v      Druides (ex : fellowship, college of…, craft of…, des celtes de Normandie, etc)

v      College (ex : grand … des druides, celto-druidique, d’Etudes, Le Grand Chêne etc)

v      Compagnonnage (ex : …des druides et femmes consacrées de la Nation Picarde, …des druides d’Hyperborée etc),

v      Assemblée (ex …armorique atlantique de la tradition des druides, …du Clan de Dana, etc),

v      Gorsedd (ex : des Bardes de la presqu’île de Bretagne, Breizh, ..mère, Beird Ynys, etc).

v      Institut (ex : …Celtique de Paris, …d’Etudes supérieures de philosophie celte, …druidique universel etc).

v      Loges, ces milieux sont également le terreau où se recrutent les initiés de la Franc-Maçonnerie du bois, laquelle se situe en dehors des obédiences traditionnelles modernes et tend à relier rites forestiers, ésotérisme chrétien et spiritualité celtique[19].

Au service de ces groupements ce ne sont pas moins d'une centaine de revues et périodiques divers qui diffusent la spiritualité celte sous des formes variées, de la société savante classique aux mouvements idéologiquement engagés.

Cela forme un vaste réseau dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il inscrit dans la réalité sociale et culturelle du vingtième siècle finissant, une prodigieuse vitalité des mythes celtes. Sur la façon dont ils sont revisités, il y aurait bien des choses à dire, ce à quoi s’emploient, avec souvent quelque excès, deux chercheurs[20] qui ont enquêté dans la Bretagne armoricaine et qui concluent en décrivant les fidèles et adeptes rencontrés comme des êtres « réglés sur des horloges chimériques », des « déçus des systèmes dont la route a croisé un jour celle de l’occulte ». Ils attirent avec a-propos l’attention des lecteurs sur le fait que plusieurs de ces mouvements sont des «zones de non-droits, machines à dépouiller leurs adeptes», quand il ne s’agit pas d’affirmer la « supériorité d’une spiritualité dont découleraient toutes les autres », le breton étant «doué de facultés d’apprentissage supérieures à celles des autres peuples».

Accourant des quatre coins de l’Europe en terre d’Armorique, souvent relayés par des medias en quête de sensationnel, les fidèles de ces mouvements participent de la définition donnée par Jean Vernette[21] reprenant les analyses de Troeltsch et Weber traitant de la sphère ésotéro-mystique :

-     accès au divin par mode de connaissance des mystères cachés : la religion des druides, dont les principes ne furent jamais écrits mais transmis par voie orale se prête à merveille à ce genre de démarche,

-     refus d’inféoder sa recherche à un dogme contraignant : la tradition celtique laisse de ce point de vue de grandes libertés à ses fidèles, ce dont témoigne la prolifération des voies sus-mentionnées,

-     sentiment prégnant d’un englobant : la tradition celtique est toute entière marquée par la présence continuelle d’un ailleurs, le SID, avec lequel existe un certains nombre de ponts, de passages, en des lieux et des temps marqués par le calendrier celtique qui assurent une communication constante avec les immortels,

-     nostalgie de l’unité perdue : celle de la nation celte, dont le Roi Arthur est le symbole : rex arturus rex futurus,

-     négation de l’histoire : nous sommes ici dans un espace-temps régi par des impératifs qui visent à réintroduire les celtes dans le Grand Temps, défini par le mécanismes de la précession des équinoxes et dont le calendrier celte bien étudié par le Recteur Paul Verdier et Véronique Guibert de la Vaissière[22] est le marqueur. Les fêtes celtes, aux quatre portes de l’année (1er Février : Imbolc, 1er Mai : Beltaine, 1er Août : Lugnasad, 1er Novembre : Samain) inscrivent dans une cyclicité la certitude du retour des choses à leur place attendue dans l’ordre cosmique et astronomique.

Ceci explique la prolifération des rencontres des groupes néo-celtes à ces dates, la nature et ses rythmes jetant ainsi un défi que tous les mouvements ont à cœur de relever à une technostructure englobante coupant les individus de leurs racines. Les rituels employés, dans des espaces forestiers représentant la nature sauvage, renforcent cette immersion au creux de l’immanence.

Cette impression est confirmée par Bernard Rio, dans son enquête sur le néo-druidisme armoricain. Il cite Alain Le Goff, secrétaire général de la Kredenn Geltiek Hollvedel, (croyance celtique universelle), société qui dit être issue de la Franc-Maconnerie, du Martinisme et de la Gorsedd bardique,: «nous croyons en l’homme, comme au sanglier, au cerf et au brin d’herbe. C’est seulement lorsque l’individu est volontairement capable de rompre avec le béton des cités pour retrouver l’humus, que son effort de rupture sera en toute logique soutenu par les forces de la terre et les bénédictions du ciel[23]».

Plusieurs de ces mouvements, se définissent eux-mêmes comme néo-païens, et sont repérables sous ce vocable sur la toile du Web, même si certains se défendent de confondre païens et non-chrétiens.

Il n’en reste pas moins, comme l’a souligné Dubuisson[24], que le fait d’idéaliser le respect religieux de la terre et de la vie, la croyance que le sacré se révèle directement par le mystère de la fécondité et du renouvellement cosmique conduit parfois à une réinterprétation des thèses mystiques, vitalistes et ontologiques du naturalisme du début du siècle. On peut en apercevoir les conséquences dans l’idée que l’étude des cultes primitifs permettrait d’accéder aux formes élémentaires de la religion.

Ce tropisme peut être pris en double part:

§         un pôle positif qui tend à retrouver les origines, et aperçoit volontiers les dégradations que le culte forcené du progrés a fait subir à la nature naturante et humaine,

§         un pôle négatif qui, au nom de la pureté originelle et de l’immuabilité de la Nature, tendrait à exalter des forces barbares en renouant avec l’exclusion du métissage, le juif et le chrétien dans leur universalisme en quelque sorte méthodologique, en figurant les images inversées.

L’intérêt des mouvements néo-celtes, c’est qu’ils nous offrent en grandeur réelle un condensé de ce débat qui traverse, on en conviendra, nos sociétés. La tribu celtique post-moderne est certes polymorphe, constituée très diversement de groupes anticonformistes et contestataires comme de sociétés quasi officielles comptant dans leurs rangs, par exemple, des personnages princiers, via les mouvements d’emprise sectaires ou les émanations de sociétés secrètes ou discrètes, elle forme une nébuleuse encore repérable dans les rassemblements ou les cultes comme dans les parentés affichées avec les traditions chrétiennes ou païennes, selon les cas.

Le mythe celte est devenu une structure d’accueil qui participe de la formation d’un nous où l’accent est mis sur «l’esprit de la lignée … sur ce qui est commun à tous, sur ce qui est fait par tous, fut-ced’une manière microcospique»[25].

Ces groupuscules néo-celtes organisés de façon souple en réseaux du Nouvel-Age ne témoignent-ils pas de « l’intention du mythe qui privilégie ce qui se partage avec le mécanisme d’attraction-répulsion qui lui est inhérent »[26] et dont nous avons observé la tension entre les forces d’universalité présentes dans la référence à la tradition celtique universelle et les tendances à la mise en évidence de particularités rituelles et obédientielles.

Yann Brekilien, qui est aujourd’hui l’un des bons connaisseurs de la matière celte et l’un des trois chefs spirituels des mouvements néo-celtes d’Armorique (les deux autres étant Gwench’lan Le Scouezec et Alain Le Goff déjà cités), franchit le pas de l’appel à la synthèse lorsqu’il définit le celtisme renaissant comme «une religion pour le Troisième Millénaire». Dans le respect des particularités propres aux diverses religions, il appelle les religieux à former une grande chaîne d’amour et prie pour que le Troisième Millénaire soit celui « où les hommes prieront sur de la beauté… favorisent la méditation sur la perfection »[27] en souhaitant que « subsiste assez de nature intacte et silencieuse pour que nous puissions adorer le Créateur en admirant l’infini glauque des océans, l’ondulation de vastes horizon découverts du haut des monts, la luxuriance des pourpres et des ors  de l’automne en forêt, la voûte étoilée des nuits d’été, les ruisseaux qui clapotent sur les pierres et friselisent sous les saules, ou les pudiques sources se dissimulant à demi dans la verdure ».

 

Loreena McKennit.

 

Nous trouvons un des plus beaux exemples de néo celtisme New Age dans l'oeuvre artistique de Loreena McKennit, et ce, dans une triple dimension:
         l'exaltation de la spiritualité celtique pré citée (référence à la nature, à la « Mother Earth », et à son respect religieux, à la tension vers l'unité Homme/Terre Cosmos déjà décrite,
         l'appel aux répertoires des celtes, des orientaux, des grandes figures de la poèsie et  de la littérature universelle,
         le dépassement personnel dans l'amour et l'énergie.

Née en 1957 dans le Manitoba, Loreena McKennit, internationalement connue, est une autodidacte et sa sensibilité en fait un véritable capteur de la révolution spirituelle et culturelle du Nouvel Age qu'elle sait exprimer dans ses chansons et sa musique.

Son œuvre de grande qualité, (elle a, à ce jour, vendu 13 millions d’album), ses thèmes d’inspiration, le concert donné à l'Alhambra de Grenade en septembre 2006, en témoignent et la constituent comme une des artistes phares de ce courant. Depuis son premier album de musique celtique, Elemental, jusqu'à ses dernières créations, elle sait en effet, des répertoires celtes aux musiques orientales via les poètes (Tennyson, Shakespeare, Dante,) composer des musiques métissées en puisant son inspiration dans des spiritualités diverses dont les titres de nombre de ses chansons rendent compte:

         Incantation, Between the shadows, Never Ending Road, the mystic dream,

         The english ladye and the knights, The lady of Shalott, Samain Night,

         Penelope song, Dante's prayer, 

         Fulle circle, Huron beltane,

         Caravansérail, The Gates of Istambul,  

La chanson « Beneath a Phrygian sky » est notamment un véritable condensé des thèmes du Nouvel Age (extraits) :

« Raconte moi, Ô muse, ceux qui voyagent si loin et si longtemps,

Le clair de lune dansait sur les vagues de la mer,

Les étoiles du ciel scintillaient faiblement depuis une galaxie lointaine,

Apportant une voix venue du fond des âges,

Comme une étrange musique,

Ces pierres anciennes nous dsaient que l'amour nous rendra plus forts,

...

je me tenais debout sur la plage et écoutais cette voix, ces sons jamais entendus auparavant,

Et nos combats ne nous laisseront guère de choix car la vérité nous rendra forts

...

Nous nous demandons où est Dieu et souffrons devant lui recherchant sa face dans les étoiles....

Traversant les océans vides et nous demandant quel est son nom ...

Et comme le vent chaud a transporté cette chanson dans la nuit,

J'ai fermé les yeux et attendu les lueurs de l'aube,

Quand la lueur des étoiles a pâli,

Quand le soleil nouveau nous a fait renaître,

C'étaient des moments magiques,

Nous rendant prêts à retrouver la Terre Mère.. »

 

 

Le New Age est –il en crise ?

Cette question est posée par David Spengler et William Thomson[28] qui, examinant la crise du NA, l’imputent à la fois :

·         au commercialisme dont il fait l’objet,

·         à la banqueroute de nombre de ses éditeurs (la baisse du prix du cristal remet en cause l’économie du NA),

·         le fait que le NA est basé sur l’utopie, le millénarisme, et que si les catastrophes annoncées n’ont pas été confirmées, l’âge d’or non plus,

Mais le NA a montré en même temps qu’une structure globale basée sur un haut niveau de conscience planétaire est possible et que tout un chacun peut y coopérer hors des dogmes et structures isntituées.

Emergerait alors un Next Age ou post NA , lieu d’une spiritualité alternative, d’une spiritualité du self, de la sacralisation, pour/par chacun, de son soi ; Peut-être un NA peut il émerger si chacun s’applique à lui même les techniques et exercices qui contribuent à élever son esprit. Il se privatiserait donc hors des doctrines mégalomaniaques professées dans les centres du NA prônant une hyper théosophie exaltée[29], loin de ce qu’on a pu appeler une spiritualité commerciale.

Certes, le NA ne procède pas du millénium et l’ère du Verseau est surtout une métaphore poètique, mais il se réinvente constamment dans une éco spiritualité partout observable.

Conclusions.

"Le Graal, a écrit Gilbert Durand, est le paradigme de toute puissance mythique. Il est décidément héritage de l’homo religiosus"[30].

Chaudron des celtes, vase sacré d’abondance et de régénération, but ultime de la Quête, il est l’archétype de ce régime mystique des images dont Gilbert Durand nous a appris qu’il conjuguait ceux de la femme, de la nuit, de la mère, de la demeure et du centre dans une représentation homogénéisante entraînant l’imagination à la dramatisation cyclique. Nous les avons vus à l’œuvre dans maintes des productions du NA.

Pou Henri Montaigu[31], le sacré n’est pas indissociable de la Tradition, son véhicule, le vase, lorsqu’il se trouve brisé, se répand largement, d’où la prolifération des nouvelles spiritualités, leur émigration dans des secteurs, à l’époque de la toute puissance de la pensée rationnelle, tenus pour profanes ou marginaux et qui se trouvent ainsi sacralisés.

Nous retrouvons également ici la question du passage du continu au discontinu, étudiée par Georges Bataille: "nous sommes des êtres discontinus, écrivait-il, mais nous avons la nostalgie de la continuité perdue. Nous supportons mal la situation qui nous rive à l’individualité de hasard, à l’individualité périssable que nous sommes[32]", immergés que nous sommes dans la quête du sacré au début du troisième millénaire, laquelle est à la fois effort communautaire et exigence spirituelle.

Georges Bertin.

 

Bibliographie: On consultera d'abord de Kemp David, New Age, a guide, spiritualités alternatives depuis la conspiration du Verseau jusqu'au Nouvel Age, American Behavioral scientist Sage Publications, Edinburgh University Press, 2004.

Notes.

 [1]    Le Cour Paul, L’Ere du Verseau, l’avénement de Ganimède, Vincennes, 1947, p.13

[2]      Éd Leymarié, Paris, 1939

[3]   Levi H Dowling, né en 1844 à Belleville, a écrit en 1908 The Aquarian Age Gospel of Jesus, The Christ of thePhocean Age, i était fils d'un prédicateur de la Christian Church.

[4]     Meheust Bertrand, Somnabulisme et Médiumnité, 2t, Synthélabo, Les Empêcheurs de penser en rond,  2000.

[5]    Reich. W. La psychologie de masse du fascisme, Payot, 1972, p. 307 sq.

[6]              La fonction de l’orgasme,op ;cit. p.225sq

[7]              Morin Edgar, La Méthode tomes 1 à 4 : La connaissance de la connaissance, Paris, Fayard.

[8]     Tacussel Patrick, Imaginaire, champs et méthodes. Paris, L'Harmattan, 195, p.6.

[9]     éd. Anne Comère, 1984.

[10]     éd Anne Comère, 1996, p.319.

[11]   Siggen-Hessel Alice et Patrick, ART & ENERGY, CH-3967 Vercorin.

[12]   Wood Barbara, La Prophétesse, Paris, Presses de la Cité, 1997, traduit de l'américain

       The Prophetess, Warner Books, 1996.

[13]   ibidem, éd Pocket, traduction Regina Langer, p.431.

[14]   Pontfarcy (de) Yolande, Archétypes indoeuropéens et celtiques du Graal, in Graal et

      Modernité, Cahiers de l'Hermétisme, op. cit.p.25.

[15]          Coelho P. op.cit. p.199.

[16]   Voir notamment  « Le Monde Celte » la contribution collective que nous avons dirigée au dictionnaire ésotérique critique de l’ésotérisme aux Presses Universitaires de France, 1998.

[17]   Raoult Michel, Les druides, les sociétés initiatiques contemporaines. Monaco, Ed du Rocher, 1992.

[18]   Raoult Michel, op. cit. p.457-471.

[19]   Brengues Jacques, La Franc-Maçonnerie du bois, Paris,  Daniel Beresniak -éd du Prisme, 1973, 332p.

[20]   Marhic Renaud et Kerlidou Alain, Sectes et mouvements initiatiques en Bretagne, Terre de Brume éditions, 1996, p.184-185.

[21]   Vernette Jean, Le New Age, Paris PUF, 1992, p.112.

[22]   Voir Le Monde celte, ( section dirigée par  G Bertin) in dictionnaire critique de l'ésotérisme, Paris, PUF, 1998, dir Jean Servier.

[23]   Rio Bernard, Le retour à la terre des hommes du Chêne, in Ordos1,618, Nantes, éd Ordos, N°2 Août 1994, p.24.

[24]   Dubuisson Daniel, op.cit. p.276

[25]   Maffesoli Michel, Le Temps des Tribus, op.cit. p.152.

[26]   ibidem

[27]   Brekilien Yann, Le message des Celtes, Paris, éditions du Rocher, 1989, p.285.

[28] Introvigne Massimo, La réimagination du Monde, 1991, The European Expérience.

[29] Greenway, JP, In the shadow of the New Age, decoding the Findhorn Foundation, London, Tinderne pub. 2003.

[30] Durand G. Beaux-Arts et Archétypes, Paris, P.U.F. 1989, p.235.

[31]    Montaigu Henry, Du sacré, éd Place Royale, 1994.

[32]     Bataille Georges, L'Erotisme, Paris, Minuit, 1957, p.22.

 

Loreena Mc Kennit: http://www.quinlandroad.com

 

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