Lecture de Carl Gustav Jung,
les Grandes Images,
Georges Bertin et Véronique Liard.
Sommaire.
Introduction,
Des ombres de l’enfance au Grand Oeuvre,
C. G. Jung et l’Imaginaire,
Rêves et images de l’eau dans l’œuvre de C. G. Jung,
C. G. Jung, Dieu et l’image de Dieu,
C.G. Jung : Orient et Occident,
C. G. Jung et la pensée romantique,
C.G. Jung et les phénomènes dits « occultes »,
C. G. Jung et Wilhelm Reich : l’énergie en cause,
CG Jung et l’actualité du mythe.
Conclusion,
Bibliographie,
Annexe : adresses des sociétés jungiennes.
La pensée de Carl Gustav Jung est aujourd’hui singulièrement d’actualité, d’abord du point de vue des psychanalystes, dont les plus éclairés considèrent désormais avec beaucoup d’intérêt la façon dont le maître de Zurich a creusé la leçon freudienne à partir de sa propre expérience clinique amorçant une sorte de renversement de point de vue à la fois pratique et épistémologique par rapport à l’inconscient[1] .
De fait comme le souligne Christian Gaillard[2], à suivre Jung dans la voie qu’il a ouverte, « l’inconscient n’est plus appréhendé au seul titre du refoulement mais il est reçu, observé et surtout pratiqué dans une position d’étonnement, de surprise et d’accueil ». Depuis Jung, en effet, l’inconscient se conçoit également en termes de structures, d’archétypes, et de processus. Carl Gustav Jung, de fait, une figure incontournable dans ce domaine, a ouvert la voie à une mise au jour du concept d’imaginaire pensé comme polysémie. En effet, sa pensée dépassait les capacités des outils conceptuels dont il disposait à son époque. Après sa rupture avec Freud, il a dû, de plus en plus, faire appel à des concepts empruntés à l’ésotérisme, aux gnostiques ou aux alchimistes, d’emblée disqualifiés par les partisans de la science positiviste de l’époque.
Si le XXème siècle, entre Guénon et le surréalisme, après l’orientalisme romantique du XIXème siècle jusqu’au renouveau du soufisme, a redécouvert l’Orient des chemins de Katmandou, si le XXIème siècle s’engage avec audace dans des zones naguère quasi interdites par les divers dogmatismes religieux et laïques, tendant à retrouver les sources des pensées traditionnelles et symboliques pour conforter le libre examen, il faut se souvenir que Jung en a été le très savant précurseur, ce qui a pu induire parfois en confusion. Le grand orientaliste Henri Corbin aimait à rappeler que parmi les rencontres faites à la célèbre Casa Eranos d’Ascona, haut lieu de l’intelligence européenne dans les années d’après guerre, il citait, en premier, celle de C.G.Jung : « C’est en Eranos , écrira Henry Corbin, que le pèlerin venu d’Iran devait rencontrer celui qui par sa « Réponse à Job » lui fit comprendre la réponse qu’il rapportait en lui-même de l’Iran, le chemin vers l’éternelle Sophia [3]».
Carl Gustav Jung est le pionnier de ce que Louis-Vincent Thomas et Jean-Marie Brohm appelleront plus tard une anthropologie frontière. A cet égard, à propos des soucoupes volantes, phénomène qu’il est loin de dédaigner, Jung écrit dans « Un mythe moderne [4]» : "l'humanité doit s'attendre à des événements d'où sortira la fin d'un éon, la fin d'une ère, la fin d'une grande époque du monde." Il en va de même de ses réflexions sur la question de l’énergie comme moteur de la vitalité universelle.
Esprit universel, Carl Gustav Jung a tracé le chemin d’une révolution de la connaissance, contribuant à jeter les bases de ce que nous nommons désormais, avec Gilbert Durand : «Le nouvel esprit anthropologique ». Jung de fait contribue grandement à déplacer la coupure épistémologique et aussi l’accent axiologique différent entre Sciences de l’Homme (et savoir traditionnel et hermétique) et sciences de la Nature.
Entre les divers chemins de la Connaissance ouverts, rappelons-le, par le savoir encyclopédique de Jung, nous proposons ici quelques points de repères, en souhaitant qu’ils soient propédeutiques à la lecture d’un auteur qui n’a pas fini de nous fasciner.
A l’encontre des visées dominatrices de nombre de ses contemporains -et souvent hélas des nôtres-, Jung considérait en effet que «la pratique de la science n’est pas une joute en vue d’avoir raison, mais un travail qui contribue à augmenter et approfondir la connaissance.[5] »
[1] Gaillard Christian, intervention à l’International association for analytical psychology, Février 2002.
[2] Ibidem.
[3] Corbin H. En islam iranien, Paris, Gallimard, 1971, p. 286
[4] Jung C.G Un mythe moderne, Paris Gallimard/Folio, 1985
[5] Jung C.G Un mythe… op.cit. ibidem
