du mythe et de l'imaginaire à l'intelligence du social 

 



Georges Bertin.


Du mythe et de l'imaginaire à l'intelligence du social.


Note de synthèse en vue de l’habilitation universitaire

à diriger les recherches.



Présentation.

PROBLEMATIQUE.



Si " la vie et la culture de l’esprit sont marquées de nos jours par l’omniprésence des images"( Jean-Jacques Wunenburger), il n'est pas inintéressant de s'interroger sur une catégorie du symbolique, le mythe, tentative qui s’inscrit bien évidemment dans cette perspective qui vise redonner à l’image un statut épistémologique et philosophique, car placer l’image au coeur de l’esprit est peut-être, l'un des meilleurs moyens pour comprendre ses activités.

De fait, notre temps a repris conscience de l’importance des images symboliques dans la vie mentale ou sociale. Les conduites humaines, les cadres sociaux (dont l’architecture, l’habitat, l’urbanisme, la fête, les nouvelles religions, les sectes, les moyens de communication culturelle, le patrimoine, les instances du développement local) sont aussi organisés en fonction d’un imaginaire qui ne cesse de les habiter et dont l’analyse peut provoquer l’émergence.

Après avoir mis en perspective les apports de plusieurs courants de la recherche socio-anthropologique, nous nous efforcerons ainsi, sur la base de nos enquêtes de terrain, lesquelles ont porté sur l'imaginaire arthurien, sur les phénomènes d'apparitions, sur certains phénomènes sociaux et culturels liés à la nébuleuse du New Age ou encore à la thématique de la Pentecôte, de mettre l’accent sur la présence occulte du mythe au cœur du monde contemporain et ce malgré, et en prenant en compte comme paradoxale, l’opposition entretenue entre les pensées rationnelle et mythique, entre science et religion.

De fait, entre l’imaginaire social, magma, réservoir de significations qui se proposent à l’émergence de la vie sociale et les contraintes rationnelles-réelles de l’organisation, le mythique relève du symbolique, dont il est «une succession organisée en récit »(G. Durand). Il nous oblige à reconsidérer nos catégories car il constitue, comme objet d’études, ce que Jean-Marie Brohm et Louis-Vincent Thomas ont appelé une transversalité laquelle est « interrogation permanente et questionnement infini », soit, « le refus des cloisonnements des disciplines, des champs, des objets, des méthodes, l’attention accordée aux totalités mouvantes (Garfinkel), aux praxis-processus (Sartre), aux mondes cachés (Bachelard), la compréhension de l’unité signifiante de tout fait social qui est prioritairement une donnée existentielle avec ses finalités, ses enjeux anthropologiques, ses conflitsi. »

Dans ces catégories, le mythe tient une place éminente, car il se situe à la fois du côté de la «réserve d’images » et rend opérationnel l’imaginaire en actes, il tient à la fois au radical et au social pour reprendre la distinction de Cornélius Castoriadis, c’est un "récit chaud" comme le souligne Guy Ménardii, qui attire notre attention sur le fait qu’on "ne joue pas impunément, n’importe comment avec les mythes des gens", que les mythes sont vivants, qu’ils peuvent mourir, être tués.

Le Mythe, de fait, interroge les couches profondes de la psyché, dans ce qu’elle a de plus radical comme dans ses formes immuables ordonnées aux besoins les plus fondamentaux de l’espèce et les formations dues à l’effervescence poétique, aux capacités instituantes mises en œuvre par l’imagination créatrice. Il peut donc sembler légitime de s’interroger sur la fonction sociale du mythe à la fois garant de notre relation à ce qu’on a pu appeler l’arkhé et comme force productrice de sens au cœur du construit social. car « la vie sociale est un mixte inextricable d’intelligible et de sensible, de sapiens et de demens »iii:

Le mythe, parce qu’il porte en tant que formation symbolique la vérité subjective d’une culture, d’un groupe social, d’un pays et de ses habitants agit comme révélateur, est saisi comme prise de conscience plus que comme objet, il favorise l’intelligence active. Il est une catégorie du symbolisme car il porte à la fois ce qui a toujours été caché aux sociétés et que pourtant elles ont toujours su et ce qui les a toujours amenés à négocier dans leur rapport au réel. Il est présent dans l’imaginaire de tous les peuples, et c’est si vrai que sans cesse les peuples, ne cessent de le réinventer; il constitue le miroir dans lequel ils ne cessent de se regarder.

Pour Claude Levi-Strauss, l’opposition entre l’ordre du sensible et celui de l’intelligible est de plus en plus dépassée, la science s’appliquant à réintégrer le domaine du sensible en retrouvant ce qui se trouve à l’origine des croyances et rites populairesiv.

Loin d’un rationalisme nous imposant le morcellement des phénomènes sociaux et culturels alors que tous les domaines qui les concernent sont liés, chaque expérience de la vie collective peut, dés lors, être lue comme ce que Marcel Mauss appelait «un fait social total ».

N’est-ce pas justement l’atout majeur de la pensée symbolique-mythique que de pouvoir, dans l’ordre du spéculatif, combiner les éléments qu’elle accumule en leur donnant une suite significative ? « Croire aux Images est le secret du dynamisme psychologique » écrivait Gaston Bachelardv.

En effet, comme ce qui importe dans le mythe c’est la forme et non le contenu, sa capacité de s’appliquer à n’importe quel objetvi, il apparaît bien comme un fait transversal en nous parlant simultanément à plusieurs niveaux:

Et pourtant, nous prévient Georges Balandier, l’accès aux territoires les plus anciens de l’Imaginaire tend à s’obscurcir, l’avancée initiatique dans les arcanes étant de plus en plus concurrencée par les exploits fantastiques de la technostructure.

Avec Jean-Michel Berthelotvii, nous estimons que la sociologie constitue un terrain d'étude privilégié à "une recherche du soubassement des thémata" (mythes principes régulateurs) à une "mise au jour du jeu de l'imaginaire dans l'étayage des systèmes d'intelligibilité."

C'est sur ces bases que nous tenterons de proposer une modélisation opérationnelle telle que nous la mettons en œuvre dans notre enseignement de sociologie en maîtrise et en DESS, en l'appliquant aux catégories du développement local, du patrimoine et du développement culturel.

Ceci nous conduira alors, reprenant une des figures explorées dans la première partie à partir de travaux qui nous tiennent depuis déjà deux décennies, à proposer une définition de la médiation, comme forme sociale récurrente notamment aux époques de mutations.

Ceci nous conduira inévitablement à mettre en discussion deux postulats que paradoxalement, nous voyons se confronter et se dialectiser sur le terrain:

L'une et l'autre ont affaire à l'imaginaire social dont ils sont les figures actualisées, les mythes contemporains leur donnant consistance.

Il appartient sans doute au sociologue d'en élucider les productions imageantes et imagées, entre statique et dynamique, entre les espaces sociaux où ils s'inscrivent et les temps qui les font advenir, évoluer, se transformer en même temps qu'ils transforment le monde.

Ceci nous amènera donc à confronter, dans une perspective complémentariste, les écoles de l'anthropologie symbolique et de l'analyse institutionnelle, le terrain nous renvoyant en effet la nécessité de prendre en compte une logique à N dimensions, la co-existence de théories divergentes, la médiation toujours actuelle entre les catégories du rationnel et celles des phénomènes sociaux et culturels.

Plan

Introduction.


Ière partie: ACTUALITE DU MYTHE.


1) définitions.


2) mythe, culture et recherche scientifique.


3) forme et histoire, une dialectique

pour penser la complexité.

4) la transversalité comme méthode.


5) la recherche sur les mythes.


a) l’anthropologie culturelle.

b) l’ésotérologie.

c) la socio-anthropologie symbolique.


 


2ème partie: MYTHE ET SOCIETE.

6) le retour du mythologique: exemples.


a) Lancelot du Lac et le mythe du médiateur,

b) le New Age: l'exemple de l’ésotérisme néo-celte,

c) les romans de la Quête,

d) les apparitions dans l’Ouest,

e) Pentecôte, de l’intime au social.


7) niveaux de communication culturelle et sociétés.


8) applications: opérationnaliser la reconnaissance

des formes de l’Imaginaire dans le champ culturel..


le patrimoine et l’euphorie patrimoniale,

la figure du médiateur,

figures mythiques et développement local

médiations locales et développement culturel.


Conclusions.

Bibliographie.

annexes.

curriculum vitae.

travaux universitaires.



Notes.


Brohm J.M. in Pretentaine, Université Montpellier III, Mai 1996, p.16.

iiMénard Guy, Le sacré et le profane, d'hier à demain, in Figures contemporaines du sacré: religion et culture au Québec, sous la direction de Y. Desrosiers, Montréal, Fides, 1986, p.3.

iiiMaffesoli Michel, La Connaissance ordinaire, Méridiens, 1985, p.81.

ivibidem, p.155.

v Bachelard Gaston, L'Air et les Songes, Paris, José Corti, 1990, p.291.

vi

vii Berthelot Jean-Michel, L'Imaginaire rationnel, in L'Imaginaire dans les Sciences set les Arts, Cahiers de l'Imaginaire, N°2, 1988, p.77-88.

Accueil | changements | pages | tags

pages

Créer une page Lister toutes les pages Dernières modifs

Connexion

Code d'accès ou email :

Mot de passe :

mot de passe oublié se créer un compte

KarmaOS : peace and blog
MetaWiki : hébergement de wikis, wiki hosting.
diff. hist. edit. admin