La formation à l'Economie sociale et familiale (ESF),
du monitorat d'enseignement ménager
à l'intervention sociale.
Notre institut d'enseignement supérieur, l'IFoRIS (Institut de formation et de recherche en intervention sociale) d'Angers, fondé en 1945, travaille, depuis un an, à la refonte de ses programmes et outils de formation en Economie Sociale et Familiale, démarche induite par la mise en application, à la prochaine rentrée, de la réforme de cette discipline.
Nous fondant sur les analyses produites en Mars 1999 par les journées nationales de l'Economie Sociale et Familiale tenues à Angers comme sur vingt ans de pratiques dans notre institut, nous interrogeons d'abord la perspective historique: comment, d'une formation normative est-on passé à une formation interactive avec les milieux concernés et les acteurs via une formation ancrée dans le social où elle s'est développée de manière autonome.
Ceci doit, sur la base des travaux recueillis à l'IFoRIS, être regardé simultanément, tant ils sont liés, à plusieurs niveaux:
- celui de l'organisation de la formation à l'ESF aujourd'hui, dont les cadres théoriques et pratiques et les champs professionnels renvoient aux formes de l'institué social et culturel, tel que les formes académiques en oeuvre tendraient à les fixer,
- celui des cadres institutionnels qui produisent l'ESF comme analyste du social, dans sa fonction de gestion économique et d'intégration psychosociale du quotidien (surendettement, habillement, mode, pratiques alimentaires et consommatoires),
- dans l'imaginaire social, les trois perspectives qui, successivement ont marqué les formations dans cette discipline, ne convoquent-elles pas des représentations sociales, des systèmes symboliques façonnés par les modèles traditionnels, puis modernes avant d'en venir, de nos jours, quand nous observons le glissement des demandes professionnelles, à des situations plus labiles, tribales ou post-modernes.
L'économie sociale et familiale emprunte ses références à trois registres de sens implicites dans sa dénomination: l'économique (sphère du rationnel-réel), le social (sphère de l'être ensemble public) et le familial (qui fait référence à l'intimité du domaine privé).
L'économie, discipline scolaire enseignée dès le secondaire, insiste sur la question des ressources (humaines, financières, techniques), de leur origine et répartition et de leur usage, dans un souci d'efficacité et de rentabilité, ses diverses assomptions en assurant la régulation selon que l'on sera animé par des visées strictement financières ou utilitaires, voire altruistes, d'où la connotation sociale bien diffusée dans le tiers secteur (organisations non rentables) lequel montre une grande vitalité notamment dans le domaine de la création d'emplois.
Appliquée au domaine familial, l'économie a élargi l'ancienne notion d'enseignement ménager en y introduisant un certain nombre de connaissances de base en vue de cerner, voire de répondre, aux besoins émergeant des populations concernées: alimentation, nutrition, habillement, organisation ménagère, gestion budgétaire, consommation, éducation des enfants, relations conjugales, sexualité, environnement social, habitat etc…
Ceci se pose avec plus d'acuité dans un contexte de mutations comme celui que nous traversons souvent défini comme situation de crise, notion qui est là valorisée. Au sein des déterminismes, des contraintes internes, des stabilités, elle est signe de la progression des incertitudes quand le système social entre dans une phase aléatoire, entre déstructuration et restructuration, quand les cadres familiaux, socle des nos institutions depuis l'origine de notre civilisation, éclatent, se recomposent.
Plus la crise est profonde, plus il faudra chercher son noeud originel, dans quelque chose de caché, d'occulte. Au coeur du dispositif de régulation sociale, dont l'économie sociale et familaile est à la fois un observateur privilégié du fait de sa proximité au terrain, et un agent, elle peut accoucher alors d'un projet de développement fondé sur de nouveaux médiateurs sociaux, les institutions surplombantes (Eglises, Etats-Nations, Organisations du Travail) n'assurant plus efficacement les relais indispensables.
L'économie sociale et familiale, phénomène complexe et ambivalent dans sa définition même conduit chaque partenaire des processus en jeu à questionner sa propre intériorité, son Imaginaire mais aussi celui des collectifs concernés, ses propres implications comme les conditions sociohistoriques de son exercice.
Sur un plan théorique, l'économie sociale et familiale fonctionne comme une transversalité, puisque toute réflexion sur cet objet " s’exerce sur plusieurs champs: le vécu, le joué, le dit (et le non dit), l’institution et ses appareils, les instances clefs comme le politique, l’idéologique, l’individu, et les groupes sociaux et culturels auxquels il appartient, etc.. "
Pour ses agents, faire montre de cette capacité, c'est savoir s'orienter, et, face à des conditions d’exercice extrêmement différentes, savoir les relier entre elles, comprendre comment elles se contredisent, s'articulent..(Levy Leblond.
Pour cela, il leur faut tenir compte de deux types de conditionnements pesant sur leur pratique:
- l'économie sociale et familiale est un objet culturel, soumis à la temporalité, à l’élaboration, au travers d’événements sociaux et familiaux marqués par la ponctualité, les interventions multiples et multiformes, les jeux croisés des minsitères de tutelle (EN et Solidarité),
- l'action des conseillères participe du symbolique en exprimant un certain nombre de réalités socioculturelles dans leur lien avec la sphère de l'usage des codes sociaux utilisés. Nous sommes bien là dans une structure complexe, entre intimations produites par les désirs et aspirations des publics et les réalités normalisatrices d'environnements de plus en plus prégnants, le tout informé sans répit par des systèmes socio-culturels mondaiux relayés par les mass medias,
- les filtres linguistiques et culturels mis en oeuvre par les acteurs, ceux de leur entourage de travail, des élus et collaborateurs, du monde associatif, ceux des populations imposent un travail de décryptage, de décodage, d’herméneutique au coeur même des processus du travail de l'économie sociale et familiale.
Nous sommes bien, là, dans une structure complexe et nous savons que la pensée complexe ne refuse pas la clarté, l'ordre, le déterminisme, elle les sait seulement insuffisants car "la pensée simple ne résout que des problèmes simples".
On trouve là toute la tension qui existe sur le terrain entre deux conceptions de l'action sociale:
- endogènes qui situent le praticien au coeur des enjeux, face aux traits singuliers des communautés, dans la complexité sociale qu'il pense en tant qu'acteur, qui le provoquent comme il les provoque, en fait dans le cadre d'une praxis,
- exogènes où il s'agit de se conformer à des normes, de mettre en oeuvre des pratiques qu’il faut rendre opératoires, en référence aux injonctions verticales des institutions.
- politiques: aujourd'hui, les inégalités culturelles, sociales et géographiques se creusent au sein même de nos sociétés occidentales, et le praticien ne peut faire l'économie de la recherche des structures propres aux sociétés étudiées, du repérage des dynamismes, des forces qui opèrent de l'intérieur et peuvent les transformer, de la mise en évidence des processus de modification des agencements sociaux et culturels à l'œuvre et auxquels il s'identifie peu ou prou, de la détermination des relations externes qui affectent leur devenir et leur dépendance.
Former à l'économie sociale et familiale.
D'où former à l'économie sociale et familiale, ce sera faire son deuil d'un système explicatif unique. Former les conseillères en ESF, c’est, dés lors, leur permettre de prendre en compte la complexité des situations rencontrées, de procéder à ce type de reconnaissance en l’instrumentant autant que faire se peut.
D’abord, cette formation sera de nature politique, au sens étymologique du terme, soit ce qui concerne la "vie dans la cité". Marcel Mauss nous enseignait naguère que "l'un des principaux avantages d'une connaissance complète et concrète des sociétés et des types de sociétés, c'est qu'elle permet d'entrevoir enfin ce que peut être une sociologie appliquée ou politique". Il citait volontiers Durkheim disant que la Sociologie ne vaudrait pas " une heure de peine si elle n'avait pas d'utilité pratique ".
Ensuite elle visera à reconnaître les savoirs sociaux et culturels des groupes concernés.
Un grand nombre d'expériences récentes en matière de travail social s'appuient sur les relations sociales, les productions matérielles ou intellectuelles des collectivités qui prennent leur sens, d'abord par leur qualité intrinsèque et aussi parce qu'elles sont insérées dans un tissu vivant, sont en rapport avec des savoirs groupaux ou sociaux et signifient, au sens premier de ce terme, le rapport dialectique entretenu par les populations ou les publics qui les ont sécrétées.
C’est la découverte de la richesse de la vie locale: communale, intercommunale, entrepreneuriale, associative, des logiques liées à l’action locale, de leurs aspects instituants, lorsque qu’elle mettent en oeuvre les déterminants de la vie sociale, ceux des acteurs, les mécanismes de leurs prises de décision, les dérives et les transformations auxquels sont confrontés les projets.
Mais encore, il s’agit aussi de bien prendre en compte les rituels de la vie quotidienne, la concrétude des métiers, les parcours des sujets et des institutions, tout ce qui forme la riche trame de la socialité pour en saisir les axes structurants, les directions effectives. Plus que tous les autres acteurs du travail social, la conseillère en ESF ne peut faire l'impasse sur la reconnaissance de ce quotidien qui est la matière première de son travail.
Son effort de connaissance est d'abord celui d'une connaissance ordinaire, au sens maffesolien "il est de son devoir de s'enraciner dns un quotidien qui est moins un contenu qu'une mise en perspective … car il existe une connaissance empirique dont on ne peut faire l'économie: "savoir faire", "savoir dire", "savoir vivre" aux implications multiples et diverses."
A l’opposé d'une vision simplifiante linéaire et mutilante de la réalité, prenant en compte la remarque de Weber écrivant que dans l'ensemble les individus s'éloignent de la base de rationnelle des techniques et des réglements rationnels qui les concernent pratiquement, base qui leur est d'ordinaire plus cachée que le sens des procédés magiques du sorcier ne l'est au sauvage, une telle démarche se fait praxéologique, science qui porte sur les différentes manières d’agir (Jéremy Bentham). " Son principe est celui de l’utilité sociale, car il s‘agit, écrivait-il, d’identifier l’intérêt de l’individu avec l’intérêt de la collectivité ".
Deux exigences se font jour qui conditionnent les formations à ces pratiques professionnelles:
- décrire l’action, soit l’agencement efficace des moyens mis en oeuvre pour atteindre une fin, d’où la nécessité d’explorer les techniques particulières qui y contribuent, la psychosociologie, la sociologie des organisations, l’économie sociale sont ici convoquées,
- en prendre conscience en même temps qu’on produit de la conscience sur cette action, sur les comportements intentionnels qui y contribuent. La formation en économie sociale et familiale ne pourra donc faire ignorer des disciplines qui portent sur la question du sens qui interrogent les relations humaines relatives à l’action en refusant de se centrer exclusivement sur l’économique, en posant la question des finalités, du projet politique et de la place de l’homme, de l’éthique au regard de l’action: anthropologie politique et culturelle, éthique, philosophie..
Si la crise sociale, perçue comme une crise des valeurs, crise de civilisation, anomie, ou pathologie sociale trouve une solution dans l’édification d’une science de la morale, l'économie sociale et familiale ne trouve t-elle pas également une parade dans la constitution de pratiques qui tenteront de mettre plus de cohésion là où la conscience des solidarités devient plus faible?
Ainsi, former à l'économie sociale et familiale comme étant une de ces pratiques et comme lieu d’interrogation de leur sens nous semble correspondre à cette visée de compréhension et de description d’une praxis sur laquelle s’originent, s’entent des pratiques; il s’agit en somme de former des chercheurs et des praticiens dont la pratique est une recherche et la recherche une pratique .
Un modéle opératoire: la Recherche-Action.
La formation aux modèles de la recherche-action inspire un travail de ce type, au moins, si on les met en oeuvre, au sens où l'entendent René Barbier ou Jacques Ardoino, qui la posent volontiers comme réfèrente à un nouveau type de scientificité lorsqu'ils opposent méthode expérimentale et méthode clinique, explication et implication, (pour Jacques Ardoino: nouveau nom de la compréhension).
Il s'agit, en fait, d'une réflexion à construire à partir de pratiques réelles, car la Recherche-Action est bien d'ordre praxéologique, c'est à dire qu'elle vise à modifier, à influer des comportements collectifs. En libérant le potentiel humain elle tend à:
"-analyser les pratiques,
-mettre à jour des mécanismes, des structures d'organisation,
-mettre en évidence des dysfonctions,
-formuler des besoins réels,
-créer une oeuvre collective, (partenaire)
-évaluer, souligner les intérêts, (critique)
-entretenir un rapport dialectique avec le groupe, par l’exercice méthodologique du conflit ".
De fait, la formation à l'économie sociale et familiale a souvent pour effet, par l’exercice de la pensée critique, de déboucher sur des remises en cause radicales des façons de voir, d'être et de faire des partenaires concernés, même quand nous pensons, avec Jacques Ardoino, que si, dans ce type de travail, on peut évoquer le social, on ne peut ni le convoquer ni le révoquer.
Partage historique de sens, production de changement et de connaissance, le simple fait de tendre à la réhabilitation de l'Imaginaire d'une partie des communautés humaines concernées comme la réappropriation rendue envisageable, imaginable, des conditions de leur citoyenneté, sont en effet de cet ordre.
La recherche-action en ESF peut avoir deux effets:
- tendre à apporter une contribution aux préoccupations pratiques de personnes se trouvant en situation problématique, c’est la phase de reconnaissance des oppositions, des conflits, des particularités qui sont repérées sur le terrain par les agents,
- participer au développement d'une réflexion sociale par une collaboration qui les relie selon un schéma éthique mutuellement acceptable et accepté par tous les partenaires, c’est la phase de synthèse, ou les consensus, questionnés par les agents particuliers, débouche sur la négociation, la contractualisation, l’affirmation des singularités de ce qui fera le propre et l’originalité du projet éducatif de l'économie sociale et familiale.
On voit les qualités requises des agents de l'économie sociale et familiale à ce type de mise en oeuvre et ce d’autant plus que les situations rencontrées ne peuvent éviter la mise au jour de la violence institutionnelle dont les situations vécues par les praticiens sont souvent les témoins. Soit savoir repérer et faire office de médiateur.
Une telle élucidation nous engage à poser la question de l’implication du praticien-chercheur, laquelle peut être analysée à plusieurs niveaux:
a) psycho-affectif: " travailler en économie sociale et familiale ", c'est aussi sortir du rôle de l'organisateur, où tendraient à confiner le conseiller, les consensus sociaux sur la question. L'économie sociale et familiale interroge groupes et individus dans leur personnalité, dans leurs relatiosn interpersonnelles, elle permet, comme pratique, une irruption de possibles qui restent souvent à actualiser.
b) historico-existentiel: il est fonction des origines des acteurs (familiales, sociales, affectives), lesquels vivent, à leur niveau, des antagonismes culturels plus sans doute que de classes. Ainsi, pour nous, est fondamentale, pour une appréhension du contexte, de l’indexicalité de l'ESF, la redécouverte de l'intérêt des micro-cultures sociales comme formatrices de l’identité collective, capacités de résistance, lieux de combat pour l'homme.
c) économique et sociale: en même temps, les choix économiques qui visent le plus souvent à reproduire les conditions de l’institué global, conduisent l’agent à faire sienne les luttes de populations à l'écart des circuits de distribution comme de toute reconnaissance de leur citoyenneté, quand ils souhaitent que soient prises en compte les spécificités du terrain (instituant).
Ce qu’il vit, sur les chantiers de sa pratique, fait partie intégrante de sa recherche. Sa prise en compte doit donc être inscrite dans sa formation. Plus que de procédés, de techniques et d’outils vite démodés, il a besoin de préciser son regard, d’affiner ses capacités de jugement en interrogeant les milieux auxquels il s’adresse.
Nous nous demandons si l'économie sociale et familiale n'est pas, paradoxalement, à la fois, le lieu des refoulements culturels, de l'acculturation la plus grande (quand prédominent les modèles verticaux, exogènes) et en même temps celui du refus de l'inculcation aux modèles dominants (quand la conscientisation fait émerger les horizontalités, les parti-pris endogènes, formulés souvent sous forme de marginalités, de micro-réalisations, de militantismes divers, "la riche diversité des représentations populaires et des minuscules créations qui ponctuent la vie de tous les jours").
Une formation à l'économie sociale et familiale visera de ce fait et à optimiser l'action et à produire une théorisation en actes . Soit, pour le professionnel: passer du statut d’agent au rôle d’acteur, et " se faire soi-même son propre auteur "(Ardoino).
On voit bien désormais que cettte formation se situe à plusieurs niveaux d'intelligibilité et d'intervention: psychologique, socio-psychologique, social, institutionnel, économique, culturel dans un terrain donné, celui où s’opèrent les pratiques de l'économie sociale et familiale.
Ceci entraîne trois conséquences pour la formation des étudiants:
- "le relativisme: détruire ou dissoudre le fétichisme des représentations acquises,
- l'interdiction qui devrait leur être faite de se comporter en observateur étranger à la réalité qu'ils examinent, soit l'active implication de l'observateur et de l'observé, du signifiant et du signifié,
- une méfiance radicale contre toute synthèse ou harmonisation visant à camoufler l'effervescence de la vie sociale".
Il s'agit bien d'une stratégie toujours à recommencer car "il n'est pas de site privilégié qui légitime et objectifie la connaissance, mais une quête difficile et incertaine de la vérité et de la vérificabilité".(E. Morin). Elle doit les entraîner à penser l'équivoque. Elle nous conduit, en tant que formateurs, à poser, comme préalable à toute formation au métier de l'économie sociale et familiale, l'analyse de l’implication de ses acteurs, à la fois transférentielle et contre-transférentielle, individuelle, organisationnelle et institutionnelle, dans le dialogue des imaginaires à l’oeuvre. Ils font, en effet, in vivo, l'expérience d'une réalité qui déborde le réel et les réductions freudiennes et le dilate pour ainsi dire à l'infini, d’où l’adoption d’une position multiréférentielle, faisant de tout praticien de l'économie sociale et familiale un polyglotte, confronté comme il l’est, dans sa fonction de généraliste, à la diversité des savoirs.
Les phénomènes que nous approchons, dans les processus de l'économie sociale et familiale, sont "des faits sociaux totaux" qui mettent en branle la totalité de la société et ses institutions. Phénomènes à la fois juridiques, économiques, religieux, communautaires, associatifs, ils comportent un côté esthétique important, des facteurs matériels et démographiques et leur ensemble fonde la société et constitue la vie en commun: la politique.
Recevoir, donner, rendre, c'est peut-être à cette triangulation fondamentale que nous renvoie les pratiques de l'ESF dans la mesure où l'implication permet au praticien de reconnaître la pluralité des formes et significations qui inscrivent la trame de toute vie sociale dans l'obligation de la réciprocité. A l'écoute du social, il est en position de récepteur..
Recevoir est une activité qui privilégie la relation, une praxis qui ne fige pas chaque membre dans une fonction, un faire déterminé, mais en fait à la fois acteur et auteur, sujet et patient.
Recevoir permet d'ouvrir un double espace de jeu, celui de l'entre-deux qui permet de se soustraire à l'ordre du calcul, d'accueillir l'imprévisible, de préserver les libertés mutuelles du chercheur et de ses partenaires.
Recevoir implique une interprétation des intentions de l'autre et leur restitution, mais c'est aussi la capacité de refuser.
En définitive, parce qu'impliquée, cette démarche inscrite dans le don/contre don, est la seule tenable car elle est reconnaissance implicite de l'opacité de l'autre. Le chercheur-praticien devient récepteur, catalyseur de son désir, dans l'émerveillement de l'inescompté. Cette expérience, que peuvent seules nous renvoyer les pratiques de terrain, est sans doute ce qui à la fois fonde et légitime ce type de pratique dans la mesure où, comme l'écrivait Mauss, "il n'y a de société qu'entre vivants".
Alain Poivet et Georges Bertin.
Annexe 1: pour une formation transversale.
Les niveaux de formation de l’agent de économie sociale et familiale.
Postures. Objet disciplines
1 - NIVEAU HEURISTIQUE.
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politique intérêt public anthropologie politique |
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ethique équilibre des désirs philosophie |
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contraintes droit social et public |
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herméneutique Imaginaire individuel psychologie /intervention |
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groupal psychosociologie |
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social ethnométhodologie |
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culturel anthropologie culturelle |
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2 - NIVEAU OPERATOIRE.
recherche-action
modifier et influer les
comportements collectifs l'intervention
techniques du quotidien et gestion
praxéologie.
critique analyse institutionnelle sociologie
économie sociale.
