Le DSL : phénomène global.
Phénomène global, le développement social local affecte l'ensemble de l'organisation sociale et culturelle d'une collectivité. Il s'agit donc bien de "la vie dans la cité", soit d'un phénomène de nature politique et Marcel Mauss nous enseignait naguère que "l'un des principaux avantages d'une connaissance complète et concrète des sociétés et des types de sociétés, c'est qu'elle permet d'entrevoir enfin ce que peut être une sociologie appliquée ou politique". Il citait volontiers Durkheim disant que la Sociologie ne vaudrait pas " une heure de peine si elle n'avait pas d'utilité pratique ".
Un grand nombre d'expériences récentes en matière de développement social local s'appuient volontiers sur les relations sociales, les productions matérielles ou intellectuelles des collectivités qui prennent leur sens, d'abord par leur qualitè intrinsèque et aussi parce qu'elles sont insérées dans un tissu vivant, sont en rapport avec des savoirs groupaux ou sociaux et signifient, au sens premier de ce terme, le rapport dialectique entretenu par les populations ou les publics qui les ont secrétées avec toutes les possibilités de refoulement conscient ou inconscient, qui les accompagnent nécessairement, lorsque les modes, les interdits sociaux et culturels, le jeu des nécessités, les contraintes du milieu, viennent interréagir avec lui. On se référera, pour ce type de traitement aux analyses de Cornélius Castoriadis posant l’Imaginaire social comme instituant, matrice de significations imaginaires sociales.
Il est donc nécessaire de se poser également la question de la médiation entretenue entre les savoirs constitués et le vécu des populations concernées. Cette dialectisation (Edgar Morin) ou mise en rapport, le plus souvent conflictuelle, et donc soumise à l'altèration, s'effectue au travers de deux instances: les codes, c'est à dire l'ensemble des normes, procèdures, jeux et protocoles et rituels sociaux intervenant dans le champ social soit les signes manifestes du langage, et les "patterns", c'est à dire les structures organisationnelles, les "formes-figures"(cf Cornélius Castoriadis), qui organisent le champ social et justifient donc d’une véritable culturanalyse.
.Ce concept, forgé par Edgar Morin, est à la fois heuristique et opératoire:
- heuristique parce qu'il apporte incontestablement une perspective nouvelle et globalisante aux définitions préexistantes de la Culture, de la vie en société,
- opératoire car il permet au praticien du développement local de mieux se situer et de situer ses partenaires dans les pratiques vécues comme en regard de sa propre praxis sociale. Il constitue, en fait, un véritable outil d'investigation.
SAVOIRS (histoire, valeurs, idéaux)
codes structures
VECU (psychologique, social, psychosocial).
SAVOIRS
: histoire, modèles implicites, philosophie des groupes humains, projet -visée, politique.VECU: l'existence, la psychologie des partenaires, des responsables, des tiers, les interrelations, les adhérences sociales, l'Imaginaire, etc...
CODES: rites, protocoles, jeux, langages et métalangages.
STRUCTURES d’organisation: normes, protocoles, formes, programmes, soit les principes d'organisation qui régissent les systémes, dans leur richesse soient les structures, au sens de M Gurvitch: "équilibre ou cohésion relative entre les paliers en profondeur, entre les formes de sociabilité, entre les réglementation sociales, entre les déterminismes, entre les colorations du mental".
La genèse de cette notion procède, chez Edgar Morin, de sa réflexion sur la société qu'il définit comme un " ensemble d'interactions économiques, psychologiques et sociales, formant système, ce système comportant des appareils de commande / contrôle qui rétroagissent sur les interactions dont dépendent leur existence "
Ceci l'amène d'ailleurs à préciser, à son tour, la notion de "système", voyant deux versants à la pensée systèmique:
- une pensée pauvre concevant la société comme un ensemble conçu harmonieusement au sein duquel les parties se complèmentarisent harmonieusement pour les finalités du tout , c’est l’optique de réparation sociale,
- une pensée riche mettant plus l'accent sur les complèmentarités, les antagonismes qui font vivre la société (et Morin développe là la notion de crise), c’est l’optique du développement conflictuel.
Le DSL est il tributaire de ce second type de pensée ?
ou est-il simplement détermination de procédures plus compliquées ?
Le repérage de la complexité sociale (à ne pas confondre avec la complication) se réalise, ainsi, pour Morin, par accès à l'étape anthroposociologique qui enrichit la réflexion sur la société des dimensions certes sociales mais aussi mythiques, réelles et historiques, la pense en relation avec le sujet qui la conçoit, avc les ensembles sociaux concernés. Il s'agit, ainsi, pour lui de penser ensemble l'ordre répétitif / reproducteur et le mouvement transformateur / nova teur rejoignant la réflexion d'un Paul Ricoeur quand il écrit que "dans un état de système, il n'est pas de termes absolus mais des relations de dépendance mutuelle", ou celle d'un Joêl de Rosnay voyant dans le système "un ensemble d'éléments en interaction dynamique organisés en fonction d'un but "
On voit bien, dès lors, autour de quelles réalités tourne la réflexion d'Edgar Morin incapable de se résoudre à une vision du monde mutilante, partielle, monorationnelle.
Nous pouvons référer la démarche de Morin à une autre notion, déjà présente chez Lewin et Moreno, celle de CHAMP . Lewin en empruntant ce concept à la physique, le situait come "la totalité des faits coexistants conçus comme mutuellement interdépendants" et faisait reposer sa théorie sur trois principes:
- "le comportement est fonction du champ existant au moment où il se produit,
- l'analyse commence par la situation dans son ensemble à partir de laquelle se différencient les parties,
- la personne concrète, dans une situation concrèt, peut être représentée à l'aide de la branche des mathèmatiques connue sous le nom de topologie"(1).
Quant à Moreno, il ne vise, au travers de la méthode sociomètrique, pas moins qu'à "représenter les relations interindividuelles pour en permettre l'analyse de façon à reconnaître que la société humaine n'est pas une fiction de l'esprit mais une puissance réelle réglée par des lois et par un ordre qui lui sont propres et qui diffèrent radicalement des lois et de l'ordre qui gouvernent les autres aspects de l'univers ".(2)
Comme Jacques Ardoino l'a bien établi, il s'agit ici d'une perspective résolument dynamique prenant en compte non seulement des fonctions nettement séparées, mais des réseaux en interactions constantes et celui-ci a montré comment la réflexion psycho-sociologique contemporaine qui s'est consti tuée autour de cette notion de champ se nourrit de trois modèles, celui du champ électro-magnètique ou algèbrique, celui de la psychanalyse étudiant le groupe comme surface de projection et le modèle auto-gestionnaire hérité de lapensée anarcho-syndicaliste (3) .
Un repérage est nécessaire à ce niveau pour le praticien, où se situe-t-il ?
Pierre Bourdieu, lui aussi formule des remarques s'inscrivant dans une même perspective à propos de la notion de champ qu'il définit, avant tout , comme "l'énergie", puis comme un "espace de jeu, un champ de relations objectives entre des institutions, des individus en compétition pour un enjeu identique". Pour entrer dans un champ, précise-t-il, il faut, certes, en reconnaître l'enjeu mais aussi les limites, sous peine d'exclusion. Chaque champ a ses propres formes de résolution, de périodisation, la lutte permanente du champ étant le moteur du champ. Pour lui, ce qui définit la structure du champ est aussi le principe de sa dynamique, soit le champ comme producteur du système social, " lieu de l’énergie sociale accumulée que les agents et les institutions contribuent à reproduire par les luttes par lesquelles ils essaient de se l’approprier et dans lesquelles ils engagent ce qu’ils ont acquis par des luttes antérieures. "
Edgar Morin s'inscrit également dans une réflexion plus large sur la société dans son ensemble. Elle l'amène à poser la question du conflit, des complémentarités comme motrices du dynamisme interne des sociétés, ces mouvements procèdant eux-mêmes des relations sociales à l'intérieur des champs ,et dans un courant épistèmologique visant à un renversement des perspectives de la recherche en Sciences Humaines.
Quel usage du conflit pour l’agent DSL ?
Paul Ricoeur, met également l'accent sur cet aspect quand il écrit , à propos de la démarche hermèneutique: "ainsi ne cessent de se compliquer et de se renouveler les échanges entre structure et évènement, entre système et acte. "
Ainsi, pour l’agent DSL , comprendre un phènomène social ou socio-culturel à la abse d’une action voulue et engagée consistera à s'engager dans une double démarche:
- analyser les divers niveaux d'interrogations où se situent les pratiques sociales et les valeurs qui structurent la vie des ensembles humains considérés :savoirs, vécu, codes, structures.. (voir ci dessus).
- les resituer dans un processus dialectique, dans une pespective systèmique et qui prenne en compte l'historicité des phènomènes étudiés.
On peut aussi les lire dans un sens plus dynamique, historique. Il s'agit de l'analyse "multiréférentielle" (cf Jacques Ardoino), qui, en toute production sociale, s'efforce, dans une perspective transversale, (cf Guattari) et sociale-historique (cf Castoriadis), de déterminer les différentes composantes d'une réalité sans craindre de croiser les perspectives et en recourant, au besoin, à l'implication ethnométhodologique (cf Garfinkel et Alain Coulon). Ainsi, à propos de tout projet DSL, seront,en même temps, (chaque discipline agissant parce que c'est un parti-pris méthodologique, sur les autres), examinés les points de vue des personnes,
- de leurs relations interpersonnelles et en groupe,
- des modalités d'organisation qu'elles ont secrétées au cours de leur histoire,
- de leur rapports au "politique", au projet, comme expression sociale et humaine des groupes, des collectifs, des sociétés.
- des mythes sous jacents.
A l'opposé de schèmas de compréhension linéaires, fonctionnant dans leur mode d'appréhension du réel, cette démarche ne peut être que compréhensive, au sens où l'entendait Dilthey (qui distinguait expliquer et comprendre), elle constitue bien une méthodologie du traitement de la complexité .
Pour concourir à cette mise en évidence des phènomènes, de la façon dont ces systèmes sont agis et fonctionnent, il faut encore se situer dans une perspective de développement, c'est à dire au niveau de la "praxis" sociale, économique et culturelle des agents chargés de la mettre en oeuvre et promouvoir.
L'action est au coeur de cette réflexion, elle est certes une décision, un choix, un pari, mais elle est aussi une stratégie, qui permet, à partir de scénarii initiaux, d'envisager des modifications selon les informations qui arrivent en cours d'action et selon les aléas qui surviennent et perturbent l'action. Elle suppose donc la complexité, les aléas, les hasards, l'initiative des acteurs, la décision, les dérives et les transformations. A l’opposé d'une vision simplifiante linéaire et mutilante elle se fait praxéologie.
Science qui porte sur les différentes manières d’agir (J. Bentham), science spécifique de l’action humaine (Kotarbinski), la praxéologie se trouve là confrontée à deux projets:
- décrire l’action, soit l’agencement efficace des moyens mis en oeuvre pour atteindre une fin, d’où la nécessité d’explorer les techniques particulières qui y contribuent,
- en prendre conscience en même temps qu’on produit de la conscience sur cette action, sur les comportements intentionnels qui y contribuent.
Au delà, interroger les relations humaines relatives à l’action en refusant de se centrer exclusivement sur l’économique, poser la question des finalités, du projet politique et de la place de l’homme au regard de l’action, semble aujourd’hui indispensable à la constitution d’un programme de recherches praxéologiques.
Si la crise sociale, perçue comme une crise des valeurs, crise de civilisation, anomie, ou pathologie sociale trouve une solution dans l’édification d’une science de la morale, la sociologie, ne trouve t-elle pas également une parade dans la constitution de pratiques qui tenteront de mettre plus de cohésion là où la conscience des solidarités devient plus faible?
Ainsi, réfléchir sur le développement social local comme étant une de ces pratiques et comme lieu de leur interrogation, nous semble correspondre à cette visée de compréhension et de description d’une praxis sur laquelle s’originent, s’entent des pratiques.
Dans la mesure où le travail sur le développement social local tente et favorise la rencontre des projets individuels et de ceux des institutions, il reste, nous semble-t-il, écartelé sans cesse entre deux arrière-plans:
- celui d‘une philosophie de l’assistance, intégratrice dans ses visées, régulatrice, tendant à l’amélioration des communications, dans ce cas, seule la description des actions mises en oeuvre suffit à en rendre compte,
- celui d’une philosophie de la rupture, fondant ses démarches sur l’analyse sociale, la conscientisation, le développement communautaire. En prise directe sur la vie quotidiennne, elle vise à la libération de l’imaginaire social (ou instituant). Elle est philosophie de l’intervention.
Là le projet politique porté par les institutions et les élus locaux associés ne doit-il pas faire clairement ses choix ? et les proclamer ?
En ce sens l'implication est véritablement le nouveau nom de la compréhension dans la mesure où l'on ne peut s'attendre à obtenir des effets durables si l'on ne s'insère pas soi-même, dans les processus de développement. Sans intérêt économique, politique, des agents à la recherche de sens et au changement lui-même, toute initiative risque de tomber, en effet dans les pièges de l'innovation, quand çà n'est pas du gadget.
L'Imaginaire joue ici un rôle fondamental. Pour Roger Caillois, "les données de l'expérience se laissent déchiffrer à partir de plusieurs clés et systématiser sous plusieurs perspectives dont le nombre n'est pas déterminable a priori et qui constituent chacune une méthode particulière de connaissance, celle-ci apparaissant de ce fait comme une systématisation". Ceci l'amène à poser le problème de ce qu'il appelle l'imagination lyrique comme traduction des éléments qui composent l'univers.
Ainsi, sur les pistes ouvertes par le Collège de Sociologie et les Surréalistes, menant conjointement leur combat pour la libération politique et celle du désir,"seul ressort du monde", pour André Breton, le sociologue, chercheur-praticien, fait l'expérience de sa négatricité; découvre, par l'exercice de l'Imagination active, sa capacité à nier, à refuser de se contenter du donné tel qu'il est, et l'Imagination consiste toujours en cela, (négativité):
-soit dire qu'une chose n'est pas, c'est la négation magique ou manipulation d'objets. Elle consiste à imposer sa vision des choses, à méconnaître la réalité, à exclure tout ce qui contrarie, à éliminer l'autre en tant que sujet, à le "réïfier".
- dire que les propositions présentées ne sont pas vraies, c'est la négation critique qui tente d'articuler l'Imaginaire et le Réel, elle recourt aux modéles:
- de la dialectique, laquelle suppose toujours trahison de modèles préétablis, reconnaissance du conflit entre les concepts,
- de l'analyse critique: les groupes et les institutions sont victimes de la Totalité vouée au culte de l'utile, du progrés scientifique et technique, à la circulation des marchandises. Intégratrice et récupératrice, cette totalité nivèle les différences, tend à ramener en son sein tout ce qui pourrait lui échapper, traquant les particularités pour les ramener à l'uniformité, voire même utlise, à son profit, les forces qui osent se tourner vers elle.
Cependant l'esprit de l'humanité reste vivant; en dépit des stéréotypes, certaines formes de résistance demeurent en l'homme. L'analyse critique est protestation contre une société totalitaire et totalisante, elle lutte dans l'ordre du langage contre la liquidation de l'individualité autonome, elle est interrogation permanente.
Au service d'une telle ambition, la mise en jeu délibérée et contrôlée de l'Imaginaire par le repérage des dynamismes organisateurs disponibles et convergents (et aisément repérables dans lesprocés du DSL), est instrument de lutte contre l'éclipse de la raison subjective à l'encontre d'une raison objective et dominatrice, (celle des bureaucraties). L'Esthétique, au sein d'une telle problèmatique joue à l'évidence une place centrale, elle participe de la fondation d'une anthropologie renouvelée parce qu'appliquée; "elle contribue essentiellement à corriger notre groupe social, pour le transformer... oeuvre de science qui est également oeuvre d'éthique"
Il y a surtout, à la source de tout appel, la quête d'un univers nouveau, à l'inverse de la pensée héritée laquelle, comme le souligne Jacques Ardoino, s'exprime en axiomes, normes, préceptes et s'accommode mal du doute.
En transgressant les modéles institués, l’agent-acteur du DSL peut-il expérimenter son pouvoir social et culturel (à ne pas confondre avec le pouvoir politique) ?
Du fait de sa situation au carrefour, de sa position de médiation, est-il amené à participer de l'institution de l'être social qu'il a à connaître, à la conjonction de l'Imaginaire et du Réel?
A-t-il, de fait, une fonction communautaire et sociale, peut-il l’exercer en toute liberté ?( i.e exercice de la négatricité).
Pour Castoriadis, l'Imaginaire Social est un magma, un ensemble dynamique et chaotique, d'où émergent des significations, des images ou des figures supports de la création, qui sont ouverture au sens, au monde. Il désigne ainsi une multiplicité ou "nous pouvons repérer une indéfinité de termes", de significations imaginaires sociales qui ne peuvent être que "moyennant leur incarnation, leur inscription, leur présentation et figuration dans et par un réseau d'individus et d'objets qu'elles informent" et qui sont l'institution de la société.
Dans sa quête de sens, où en est l’agent-acteur DSL dans ce repérage nécessaire face à la société instituée, d'une société instituante d'où naîtra le sens saisissant intuitivement et négativement la totalité du magma ?
Le monde moderne est celui "qui a poussé la rationalisation jusqu'à ses limites au mépris des coutumes, des inventions et des représentations des siècles passés". Cependant, "cette pseudo-rationalité moderne est une des formes historiques de l'Imaginaire, elle est en effet arbitraire dans ses fins ultimes en se posant elle-même comme fin en ne visant qu'une rationalité formelle et vide" (Castoriadis), délire systématique auquel nous sommes soumis dans les domaines de la technologie (autonomisation), de l'économie (qui en vient à se confectionner des besoins), de l'organisation de l'activité humaine (qui traite les hommes comme des choses), des systèmes mécaniques.
L’agent-acteur DSL est–il un fétichiste, discernant chez les uns et les autres la même attitude mentale qui consiste à identifier le sujet à l'objet. quand l'univers bureaucratique où les hommes "ne valent qu'en raison et fonction des statuts et positions qu'ils occupent sur l'échelle hiérarchique", la question des fins, de la totalité, des rapports de l'Homme au Monde est délibérément ignorée ou se constitue-t-il dans sa praxis comme un accoucheur de sens ?.
Ainsi, pour Edgar Morin, une étude de terrain centrée sur l'objet "atrophie la perception, l'intérêt monomonaniaque pour des idées préformées mutile le réel, l'indifférence aux êtres est cécité, l'indifférence aux idées rend aveugle à la prolifération des signes que constitue le monde phénoménal, la carence de la fonction déchiffrante conduit à la carence de la fonction percevante et réciproquement".
On comprend que, du point de vue développé ici, le DSL , dans la mesure où il saurait élucider les fonctions sociales, abolir statuts et hiérarchie, mettre en cause les efforts d'ordre et d'organisation, tenter la réinsertion cosmique de l'homme, est le modèle inverse d'une visée réductrice et réïfianteface à un imaginaire social moderniste leurrant "qui n'a pas de chair propre et emprunte sa substance à un moment du rationnel qu'il transforme en pseudo-rationnel", il y a place pour une instance de compréhension de ces réactualisations d'un rationnel plus imaginaire que l'imaginaire et pour une intervention sociale qui provoque des changements.
Du fait de sa polysémie, de la richesse de ses référentiels, la démarche DSL qui entretient des rapports dialectiques avec les pouvoirs qui ressurgissent au moment où l'on s'y attend le moins, lors même que la rationalité marchande et la "modernité show-bize" pensent en avoir capté le dynamisme, réglementé les pratiques et aseptisé le sens, doit analyser la révolte, le jeu de l'institué social et culturel, être le lieu d'expression des cultures minoritaires, étouffées, honteuses ou "demeurées", l'instance où s'élabore la parole des groupes.
Elle n'échappera toutefois pas non-plus aux composantes mortifères d'un imaginaire social régissant la "société du spectacle" décrite par Guy Debord, où ce qui était de l'ordre du vivant et du vécu collectif tend "à s'éloigner dans celui de la représentation".
L'exercice d'une véritable méthodologie critique portée par la posture du DSL remet en cause des concepts dogmatiques n'ayant pour résultat que de fixer et d'appauvrir la réalité collective. Ceci entraîne trois conséquences pour l’agent DSL:
- "le relativisme: détruire ou dissoudre le fétichisme des représentations acquises,
- l'interdiction qui devrait lui être faite de se comporter en observateur étranger à la réalité qu'il examine, soit l'active implication de l'observateur et de l'observé, du signifiant et du signifié,
- une méfiance radicale contre toute synthèse ou harmonisation visant à camoufler l'effervescence de la vie sociale". C’est la question de l’instrumentalisation.
Il s'agit bien d'une stratégie toujours recommencée jamais fermée ni préconstruite car "il n'est pas de site privilégié qui légitime et objectifie la connaissance, mais une quête difficile et incertaine de la vérité et de la vérificabilité".(E. Morin) et qui nous entraîne à penser l'équivoque.
En effet, les phénomènes que nous approchons lorsque nous nous attachons à tenter une pratique du développement social local sont "des faits sociaux totaux" qui mettent en branle la totalité de la société et ses institutions. Phénomènes à la fois juridiques, économiques, religieux, communautaires, associatifs, ils comportent un côté esthétique important, des facteurs matériels et démographiques et leur ensemble fonde la société et constitue la vie en commun, la politique.
