Le scoutisme, une voie singulière dans une société en quête de sens, éducation et/ou initiation?
Poitiers, le 11 05 07.
Conférence pour le centenaire du scoutisme.
Georges Bertin.
A Paul Pernot.
Préambule.
Mesdames, Messieurs, chers amis scouts, guides, éclaireurs, éclaireuses, voici tout juste un mois, jour pour jour, j'assistais aux obséques du chef qui reçut ma promesse scoute, le 17 février 1962. Occasion renouvelée de constater, en y retrouvant nombre de mes compagnons d'alors, à quel point, par delà le temps écoulé, les liens qui nous rassemblaient ce jour là transversalisaient les parcours accomplis par chacun. Sans doute faut-il rechercher l'origine de ce constat dans l'expérience alors vécue et dans la méthode éducative encore aujourd'hui proposée à des millions de garçons et de filles de par le monde.
A
l'âge où j'arrive, et où je puis évaluer,
dans mon propre parcours, l'apport de la méthode scoute, dans
l’esprit même des travaux de recherche sur l’implication
que j'ai poursuivis depuis plus de trente ans, il s'agit ici pour
moi, à votre invitation, de travailler avec vous une
expérience singulière liée à l’imaginaire
éducatif occidental et qui ne finit pas de nous provoquer à
penser dans son originalité, entre hétéro
référence et autoréférence.
Nous
tenterons donc de mettre cet objet éducatif qui nous est
commun, le scoutisme, (qui est aussi un idéal partagé)
et qui depuis maintenant de nombreuses années fait partie de
notre vie intellectuelle et culturelle, métaphysique, depuis
que nous y avons adhéré, que nous y avons été
initiés, car il constitue un capital éducatif, lié
à ses idéaux de fraternité, lesquels sont plus
que jamais utiles au progrès de l’humanité et à
l’élévation des âmes.
Ce
chemin me fut personnellement propédeutique sur les sentiers
de l’initiation à la vie, déclinée à
l’adolescence, chez les Scouts de France.
Dans
l’un de ses derniers ouvrages1,
Georges Lerbet nous invite, dans toute recherche visant à
produire du sens, à considérer une troisième
voie, celle de l’adaptation (ou de la sagesse ?), quand
l’homme sait équilibrer les influences que le monde a sur
lui avec celles qu’il sait imposer à ce monde. Elle débouche
sur la prise en compte du tragique de la condition humaine2.
Effort de pensée donc, pour sortir de l’univers clos du
bipôle ortho / hétérodoxie afin de
l’inscrire dans celui de la
«paradoxie, soit sortir d’une pensée bipolaire et
substituer «une méta connaissance à celle du
croyant servile».
Entre
sens et signification, entre savoir et connaissance, nous
prévient-il, il existe bien un troisième terme, lieu de
passage obligé et transitoire de l’un à l’autre,
comme les trois faces du dieu Janus, figures qui jouent et se jouent…
c’est ce qui fonde l’esprit de tolérance, laquelle
est de nature à formaliser le passage, car il n’est pas de
savoir à l’état stable. C'est ce que je retiendrai
volontiers de l'aventure scoute.
Ce
qui est de ce fait très difficile, c'est la communication de
cette démarche, car dès le moment où le scout
comme tout initié prend le risque de l’exprimer, dans cet
acte même de chercher à en rendre compte, il a déjà
dépassé le stade où il se trouvait, ce qui rend
l’expérience périlleuse surtout quand cette
communication s’exerce en milieu hostile intolérant ou
simplement indifférent, et je me souviens encore des
difficultés que chacun d'entre vous a pu rencontrer lorsque
encore très jeunes, revendiquant mon appartenance scoute,
j'ai pu parfois être exposé aux lazzi de mes camarades
d'école, ne retenant du scoutisme que ses aspects alors
médiatisés, le plus souvent d'une façon
sommaire, ou folklorique.
Utilisant
la distinction émise par Henri Bergson dans « Les
deux sources de la morale et de la religion3»,
entre, d’une part, la morale close, frileuse, et réductrice,
et, d’autre part, la morale ouverte, accueillante à la
variété des hommes et à leur culture (celle-ci
résistant mieux que celle-là aux variations de
l’environnement), Georges Lerbet découvre ce que l’on peut
comprendre de ce genre de démarche, pour lui fondamentale, au
sens premier, primordial, comme constitutive de notre liberté
d'homme.
Le
scoutisme, en effet, se veut « méthode: mise sur
la voie », il a l'ambition d'aider ceux qui s’y
exposent à grandir dans leur quête d’un
«principe». Visant à opérer l’échange
entre les Hommes par une communication mise au service de la
Tradition, il assume de fait le tragique de l’existence sans le
nier.
Me
fondant sur mon vécu scout, je chercherai donc à voir
dans quelle mesure nous pouvons, réellement ou symboliquement,
dans la dimension expérientielle ou spéculative,
vérifier cette progression, et j'interrogerai d’abord trois
étapes, pour moi premières, de cet itinéraire
qui correspond à trois étapes de l'initiation:
le passage d'un état à un autre, l'enseignement, l'expérience de la quête.
Le scoutisme: une expérience vécue.
A
treize ans, au fond d’une forêt normande dédiée
à la déesse Diane, devant une chapelle, vestige d’un
antique ermitage, j'ai passé une nuit à méditer,
attendant la délivrance de l’aube et la cérémonie
d’intégration (la promesse scoute) à laquelle au bout
d’un chemin escarpé, m'attendaient, sur un monticule, face à
l’immensité verte de la forêt se dégageant à
peine des brumes d’un petit matin glacial, toute la troupe scoute.
J'ai alors prêté serment sur l’étendard du
groupe. J'étais scout, devenu par la vertu d'un rituel que je
pensais vieux comme le monde, d'une nature quelque peu différente
et que je partageais avec ceux qui comme moi avaient été
reçus scouts.
Vestige
de la cérémonie d’adoubement du chevalier, cette
expérience, que j'avais ardemment souhaitée à
cette époque, m'a marqué pour la vie, elle fut, pour
moi la matrice de celles qui devaient suivre, au fil du temps...
Les
épreuves scoutes auxquelles était autrefois soumis le
jeune aspirant commencaient avec la totémisation conférée
par le groupe d'âge lui-même et se poursuivaient par une
série de challenges tant physiques qu'intellectuels, liés
à l'observation, au sens de la nature, à la prise
d’autonomie. Elles se cumulaient les unes aux autres à trois
niveaux, jalonnés par l’attribution de grades: celui
d'aspirant, de scout de deuxième classe et de scout de
première classe, parfois parachevée par l’attribution,
décernée à toute une patrouille, donc au
collectif, du titre de raider scout: raids survies, expérience
de la nuit et de la solitude, randonnées par tous les temps,
efforts physiques en constituaient souvent les passages les plus
marquants tempérées par la chaleur d’un groupe humain
solidaire et accueillant, l’émotion partagée des
grands spectacles naturels, des affuts au petit matin blême,
des feux de camp au cœur des forêts, des chants sous la lune…
Les
savoirs scouts étaient communiqués au jeune aspirant à
la fois par ses pairs (la patrouille) formation très
communautaire qui lui donnait en outre le sens de la vie collective,
d’une première expérience de fraternité et par
ses aînés (les chefs).
L'étape
la plus importante, la plus marquante était sans contredit la
promesse scoute, aux rituels inspirés et décrits par le
fondateur du scoutisme (Lord Baden Powell). Elle constituait la
première expérience d'un rapport direct au sacré,
étant organisée comme tous les rituels de passage:
marge (méditation solitaire au fond d'un bois), épreuve
(marche de nuit, silence solitaire), rites de passage, triple serment
sur le drapeau, réception des insignes (un écu frappé
de la croix de Jérusalem) symbolisant la nouvelle appartenance
et, in fine, agrégation au groupe de ses pairs au petit matin
blême. Aucun des anciens scouts que j’ai croisés
depuis n’a oublié ce moment de pure grâce.
En
considèrant ces souvenirs sur le scoutisme, mouvement auquel
j'avais alors adhéré avec l’enthousiasme propre à
cet âge, nourri des ouvrages de la collection Signes de
Piste, j'y trouve, maintenant, les trois composantes de tout
scénario initiatique.
Ces
étapes de l'initiation dans les rites de passage ont été
bien étudiés par Arnold Van Gennep auquel Thierry
Goguel d'Allondans4
a consacré un ouvrage en 2004, lui-même analysé
et commenté par une collègue poitevine, Magali Humeau,
spécialiste des Sciences de l'Education5.Selon
Van Gennep, tous les rites assurent les passages du monde profane au
monde sacré, lesquels sont incompatibles. Ceci ne peut se
faire sans marquer un temps d'arrêt ou d'errance: un stage,
arrêt sur le seuil, la marche ou encore le limen, tous
ces mots désignant l'entre-deux mondes. Van Gennep repère
que ces passages d'un monde à l'autre sont structurés
en trois temps, correspondant à trois types de rites:
Les préliminaires, avec les rites de séparation, dont les plus fréquents concernent la rupture avec le monde de l'enfance dominé par la mère.
Les liminaires, avec les rites de marge, où l'on trouve de façon récurrente des mises à l'écart en des lieux où l'on se perd, tels les forêts, les marécages, les déserts... où le novice subit des épreuves qui le confrontent à sa propre mort.
Les post liminaires, avec les rites d'agrégation, où le sujet est initié aux pratiques ancestrales, où le monde se révèle à lui. Il devient ainsi un autre homme ou une autre femme et rejoint le groupe des initiés. Les rites sont donc des modalités d'accompagnement des passages, faisant pivoter la position du sujet par rapport au sacré. Van Gennep met le profane du côté du chez soi, du connu, et le sacré du côté de l'ailleurs, de l'étranger, de l'autre (p.131). L'on comprend dès lors en quoi toute transformation d'identité concerne la relation entre profane et sacré et met donc en jeu des rites de passage avec quête initiatique de l'autre et de l'ailleurs.
Les rites de passages sont structurés par des jeux d'opposition: mort / naissance, agrégation / désagrégation, sacralisation / désacralisation. Goguel d'Allondans propose la synthèse suivante (p.41) qu'il réalise à partir des travaux de van Gennep mais aussi entre autres de Victor Turner et Mircea Eliade.
A propos du troisième temps de marginalisation, Magali Humeau souligne et développe un point particulièrement important. "Le passage est un temps de marge, et la marge, comme le marginal, reste le lieu de toutes les potentialités" (p.65). Cela signifie que pour le sujet en marge, les issues de son errance restent de l'ordre des possibles, il n'y a rien encore de déterminé. Son "être" même se maintient dans le virtuel. Il est mort symboliquement et ce qu'il "sera" reste imprévisible. Si le sujet en marge semble passif, c'est peut-être parce qu'il est confronté à lui-même, dans un rapport autoréférentiel imperceptible de l'extérieur. (Lerbet Georges, 2002) Le temps de "l'action réorientée", ajouté aux trois temps qui composent le passage se rapporte à un engagement ou non engagement de la part du sujet suite à sa marginalisation. Elle voit dans ce temps-ci la multiplicité des orientations potentielles du sujet, sa capacité à se déterminer lui-même face à un ensemble de possibles.
Si Van Gennep met en avant la dimension collective des rites de passage, Goguel d'Allondans insiste lui sur la dimension individuelle. En effet, selon le premier, la fonction des rites de passage est avant tout la survie du groupe, le maintien de la cohésion sociale par la mise en ordre des transformations individuelles et ce ci n'est pas indifférent à notre propos sur le scoutisme. Goguel d'Allondans ne nie pas cette fonction collective des rites, mais il insiste sur sa fonction d'intégration sociale individuelle. La mise en tension entre la tradition décrite par van Gennep et la modernité permet à Goguel D'Allondans d'appréhender les crises actuelles: l'adolescence et les "pubertés sociales", représentées par toutes ces personnes dite "marginales", c'est-à-dire à la marge, en errance. Cet essai montre que ces personnes ne sont pas nécessairement "inadaptées" mais qu'elles souffrent de ne pouvoir gagner l'autre rive, ce qui leur manquerait étant précisément des rites post liminaires avec des balises sociales fortes permettant l'agrégation au groupe. Si le sujet contemporain prétend être l'auteur de ses passages, il se confronte rapidement à l'absence de la dimension collective qui ne le porte pas, ce qui est aujourd'hui flagrant..
Les liens suggérés par Thierry Goguel d'Allondans entre rites de passage et formation sont multiples.
Premièrement, tout rite de passage est une mise en forme:"Le rite crée du lien en mettant des formes à des énergies débridées" (p.56). C'est une formation, au sens large du terme, sociale et individuelle qui opère par structuration d'opposés: vie/mort, agrégation/désagrégation, etc.
Troisièmement, de nombreux parcours de formation peuvent se lire sur la trame des quatre temps rituels déclinés ci-dessus. Goguel d'Allondans souligne par exemple l'aspect symbolique de l'obtention du diplôme, jouant comme "marquage rituel" de reconnaissance, où le novice devient enfin initié.
Enfin, les rites de passage, en ramenant à la question du sacré, posent celle de la connaissance. Goguel d'Allondans rappelle l'origine du mot religion: religare signifiant relier; est religieux ce qui relie. Or, les rituels de passage, par l'apprentissage symbolique de la mort, mènent à une reconnaissance de la mortalité acceptée parce que compensée par la construction de nouveaux liens. Ainsi, les phénomènes intolérables tels que la souffrance ou la mort gagnent en sens, le sujet est capable de connaissance à leur propos. Par la quête d'un ailleurs, le sujet accède religieusement (c'est-à-dire en reliant profane et sacré) à de la connaissance. La formation pensée comme processus de production de savoirs et de développement de connaissances, la distinction de ces deux termes savoir et connaissance étant empruntée à Jacques Legroux, peut-elle ignorer encore longtemps cette religiosité propre à toute connaissance, à tout approfondissement de sens?
Ce regard anthropologique déplace la séparation commune entre monde profane et monde sacré. Il nous ramène à la société contemporaine posant la religiosité comme nécessaire à l'homme: il y a un hommo religiosus comme il y a un homme sexuel et un homme politique. L'enjeu ultime de la religion est la structuration identitaire. Mais les expériences "religieuses" actuelles sont plus de l'ordre de bricolages personnels et intimes que l'éducateur doit malgré tout accompagner par les rituels de séparation, désagrégation et agrégation.
Dans
cet esprit nous n'hésitons pas à questionner les
pratiques d'accompagnement du scoutisme, à partir de cette
notion de passage. Révéler cette dimension
anthropologique devrait participer à la construction du sens
de ce qu'on nomme aujourd'hui de façon récurrente
"accompagnement" et dans le même temps favoriser la
construction identitaire des accompagnateurs comme des accompagnés.
L'intégration de ces pratiques dans des structures
anthropologiques telles que les rites de passage devrait aussi mener,
estime encore Magali Humeau, à questionner plus largement
les formes sociales dans ce qu'elles autorisent et favorisent comme
changements identitaires avec temps d'errance et donc
d'indétermination. Il s'agit, comme le relève
Montaigne, de se maintenir au sein d'un monde inconstant.
Il
nous reste maintenant à comprendre comment et pourquoi ce
scénario initiatique est arrivé jusqu'à inspirer
si profondément le mouvement dont nous célébrons
aujourd'hui le centenaire et qui, au 20ème siècle
débutant, n'aurait pu n'être qu'un Club de loisirs
comme tant d'autres. Ce faisant, peut-être, exhumerons-nous la
parole perdue du scoutisme? Soit, quelles sont les transitions à
l'oeuvre qui permettent de le comprendre? Il nous semble que nous
devions aller d'abord chercher la réponse dans la personnalité
et la culture même du fondateur du scoutisme.
D'abord
un peu d'histoire.
Tout
commence par l'histoire d'un homme qui, enfant, aimait à jouer
dans la nature, à ramper en silence, à reconnaître
sa route, à lire les traces, à faire du feu facilement
camoufable, à se cacher. Cet homme se nommait
BADEN-POWELL.
Il devint militaire, et général de l'armée
coloniale anglaise6.
En
1900,
pendant la guerre du Transvaal en Afrique du Sud , lors d'un siège
qu'il eut à soutenir à
MAFEKING contre
les Boers (Hollandais), BP dut recruter les jeunes garçons
désoeuvrés qui traînaient dans les rues, pour
leur confier des missions d'éclaireurs, d'estafettes. Ceux-ci
s'en tirèrent fort bien, et la ville fut sauvée...
Acclamé en héros à son retour, des jeunes
garçons lui demandèrent des conseils de vie par
courrier. Prenant ces demandes au sérieux, il leur répondait
d'abord de toujours chercher à faire une bonne action par
jour. Vu
l'intérêt qu'il avait éveillé chez nombre
de jeunes, il tenta
la première expérience sérieuse du Scouting du
25 Juillet au 9 Aôut 1907, sur l'île de BROWSEA.
Il y réunit des jeunes, pourtant
issus de tous les milieux sociaux, autour de l'aventure et d'un
idéal... La promesse sur son honneur de faire toujours de son
mieux y était matérialisée. C'est cet événement
que nous commémorons aujourd'hui.
En
1908, BP publie Les bivouacs, un livre qui deviendra :
Eclaireur . Publié
à plus d'un demi-million d'exemplaires du vivant de BP, il fut
bientôt traduit dans plusieurs langues.
Il y définit
les
5 buts du Scoutisme (Santé, Sens du Concret, Personnalité,
Service, Sens de Dieu),
les 10 articles de la loi scoute, qui proposent au garçon une règle de vie,
une organisation convenable (32 garçon maximum, subdivisés en patrouilles de 8). Plus tard, ils furent classé en 3 degrés pour des raisons psychologiques: louveteaux (8- 11 ans), éclaireurs (12-17), routiers (17 et +).
Le mouvement se développa très rapidement, presque à son insu, le contraignant à démissionner de l'armée en 1910. Le roi d'Angleterre prend le mouvement naissant sous son patronage. Alors BP travaille. Ce qu'il veut, c'est permettre au garçon de mener lui-même son bateau. Pour cela, en développant les qualités d'éclaireurs par le jeu et non par le travail, il veut donner le goût au jeune garçon d'aimer à faire les choses, en développent eses potentialités. Devenu adulte, il fera de même dans le service de Dieu et de sa Patrie. Concrètement, BP attire les jeunes gens (de 12 à 17 ans), les place dans la nature sous la direction d'un chef à peine plus agé qu'eux, et ils apprennent par eux-même, en dehors des cadres habituels à se débrouiller : bien connaître la nature, y survire, y dormir, y manger, tout en développant des connaissances et des dons pour servir de mieux en mieux son prochain. Il organise des troupes d'une trentaine de garçons constituées en quatre patrouilles de 7 ou 8 garçons acceptant une loi positive en 10 articles, que le jeune scout s'engageait solennellement à observer, sur l'honneur, aussi bien dans le cadre de la vie associative qu'à la maison et tous les jours. Déjà le scoutisme a franchi les mers: Chili, puis France, Scandinavie, USA... Il y a aujourd'hui plus de 28 millions de scouts recensés à travers le monde.
En
inventant le scoutisme, lord Baden-Powell ouvrait une fenêtre
ensoleillée, joyeuse et aventureuse dans la chambre sombre où
la société du début du xxe siècle
cantonnait les adolescents entre morale rigide et interdits de toute
sorte, sorte de bannissement...
En
1920, BP est nommé chef scout mondial.
En
2007, L'Organisation
mondiale du mouvement scout (OMMS), en anglais
World Organisation of Scout Movement (WOSM), est
l'organisation supranationale qui supervise la majorité des
mouvements
Scouts.
L'OMMS siège à Genève
dans le quartier de Plainpalais, et est présidée par
Eduardo
Missoni.
Elle a également un statut consultatif au sein de l'ONU
et de plusieurs de ses comités.
Une pédagogie initiatique.Venons en maintenant à l'originalité de ce mouvement, à ce que j'appellerai une pédagogie initiatique, et pointons déjà, dans cette description historique, quelques notions sur lesquelless nous pourrons revenir :
une référence au sacré, à la transcendance, Dieu pour BP, et autre référence absolue dans le scoutisme anglo-saxon, la Patrie, et surtout l'obligation d'obéir à la loi morale, les dix articles d'une loi proche de la loi mosaïque, au respect de laquelle le scout s'oblige par un serment,
une méthode: les cinq buts du scoutisme (on retrouve sans doute ici les cinq vertus calvinistes, elles-mêmes très ancrées dans l'imaginaire des sociétés initiatiques anglaises),
des rites de passage évoqués ci dessus:
une mise à l'écart dans la nature qui provoque un changement de personnalité,
des épreuves quasi chevaleresques et une construction personnelle du novice qui deviendra aspirant puis éclaireur, soit une méthode de progression en trois degrés, et en trois âges,
Nous voyons personnellement dans cette progression initiatique la prégnance de modèles très intégrés à la société anglaise et qui sont ceux du symbolisme défini par les sociétés de constructeurs et les loges maçonniques militaires, très présentes sous les tropiques. BP, qui était un ami de Rudyard Kipling, dont l'appartenance à la Franc-Maçonnerie est connue, n'a pu qu'y être sensible, s'il n'était pas lui-même initié, ce qui n'est pas prouvé formellement à ce jour. Le Livre de la Jungle, on le sait, et d'autres éléments de la pédagogie scoute s'appuient sur les écrits initiatiques de cet auteur (les louveteaux). On sait en revanche que BP était membre de la basse église anglicane, que l'un de ses frères de sang était Franc Maçon de la Grande Loge Unie d'Angleterre et que le principal dignitaire de la Grande Loge d'Angleterre , le duc de Gloucester, était témoin à son mariage et parrain de son premier enfant... De ce fait, certains auteurs anglais ont pu également émettre l'opinion que la Franc Maçonnerie est le prolongement du scoutisme à l'âge adulte.
Les modèles chevaleresques occidentaux.
Une
autre inspiration de notre fondateur doit devoir aussi, nous
semble-t-il, être recherchée dans les modèles de
la Chevalerie occidentale. C'est très sensible notamment dans
le scoutisme catholique. En
effet, à leur création les Scouts
de France
sont influencés par le Père
Sevin,
lui-même angliciste et fin connaisseur du scoutisme
britannique, (il rencontre BP en 1913): « Un
vrai scout est un
Chevalier chrétien. L'esprit
scout, c'est l'esprit chrétien mis en pratique."
écrit-il. « Le scout est courtois et
chevaleresque » est
un des principes du scoutisme.
Certains
auteurs ont estimé que
pour le père Sevin7,
jésuite, le scoutisme pratiqué par les Éclaireurs
de France, fleurait trop l’indianisme,
considéré comme une forme de paganisme
et que d'autre part les initiations des Éclaireurs Unionistes
rappelaient les loges maçonniques interdites par le
Vatican. C’est pourquoi la chevalerie fut choisie comme étant
plus conforme à ce qui était plus acceptable pour la
hiérarchie catholique. Ceci est sensible dans les ouvrages de
la collection « Signes de Pistes »,
fidèle miroir de cette tendance idéologique. Notons
encore que le scoutisme fut suspect à l'Eglise catholique
jusqu'en 1939, certains évêques s'y montrant même
hostiles.
Si
toute une partie du cérémonial scout semble venir en
droite ligne de la franc-maçonnerie anglaise, cette
franc-maçonnerie elle-même ne tient-elle pas toute une
part de son rituel de la Chevalerie ? Au moins dans ce qui est appelé
le système des hauts grades. Plusieurs rituels maçonniques
sont explicites à ce sujet et l'on retrouve la Croix de
Jérusalem (potencée) , emblème du scoutisme, sur
les tabliers de certains maçons..
Nous
aborderons, pour notre part, la question de l'initiation
chevaleresque, sur un autre plan, plus comparatif, à travers
un exemple médiéval, celui du meilleur chevalier du
monde Lancelot du Lac dont nous comparerons
l'initiation à celle du jeune scout..
Lancelot du Lac et l’initiation chevaleresque : le héros ascensionnel.
Lancelot
du Lac, archétype de la chevalerie française au
Moyen-Age, héros de la cour du roi Arthur, est une des figures
majeures des romans de la Quête entreprise par ses pairs à
l'instigation de Merlin l'inspiré. Né en Marche de
Gaule et de Petite Bretagne, à Banvou, au Passais, fils de Ban
de Banoïc et de la reine Héléne, Lancelot descend
d’une lignée de personnages sacrés parmi les plus
prestigieuses, celle des gardiens du Graal. On sait encore que les
Romans de la Table Ronde furent largement commandités par la
cour des Plantagenêts.
Le
mythe de Lancelot s’inscrit d’abord dans un espace et dans un
temps mythiques qui participent de sa fondation en tant que héros
des passages. Toute quête initiatique développe
cette problématique du passage, transition entre deux mondes
et transition entre deux âges. Une image: Lancelot, après
avoir franchi à douze reprises des passages de l'eau et
rencontré maintes aventures chevaleresques, affronte le plus
périlleux des passages, celui de l’Autre-Monde, passage
préfiguré tout au long du roman par ses rencontres
spirituelles de saints personnages. Elles culmineront dans la
contemplation (pour lui incomplète) du cortège du
Graal, but ultime de toute chevalerie. Mais, c’est Galaad, son fils
qui achèvera sa quête.Nous
rencontrons ici, en abyme de la figure chevaleresque, la seconde
figure du roman arthurien, très liée à la
première, celle de l’ermite, à la fois gardien de la
règle et de la fonction éducative, l'un et l'autre
réalisant la conjonction des deux premières fonctins
des sociétés indo-européennes: le clerc et le
chevalier.
Le chef scout, et dans le scoutisme catholique l'aumônier, sont sans doute les héritiers de cette figure. Pour le dire autrement, toute initiation suppose une quête fonctionnant à l’activation des énergies contraires, entre régimes diurne et nocturne des images, entre positions existentielles tendant à l’élévation lumineuse, au repli de l’intimité protectrice, figure de l’universel élan vital, à la fois interpersonnel et cosmique. Et, de cela, le scoutisme n'a jamais été dépourvu en proposant, dans la vie au sein de la nature, en initiant le jeune scout à apprivoiser le milieu naturel, la forêt et l'ombre, la nuit, en développant tôt une attitude participative aux grands cycles naturels.
L’ombre propice: l’ermite et la forêt dans le roman arthurien.
L’ermite
est une figure du passage, il
occupe de fait une position charnière dans le roman
arthurien. Il se trouve toujours là au moment où le
héros, après combat ou épreuves, doit passer par
une période de marge, de solitude et solliciter son conseil.
Il donne des conseils éclairés au chevalier avant de
lui faire partager sa retraite, sise au creux d’une nature
protectrice et joint d’ailleurs à l’accueil spirituel
celui des soins physiques et médicaux. En arrière plan,
se profile la figure du druide, le « très savant »,
médecin, éducateur et poète, accompagnateur.
Lancelot lui-même connaîtra cette mutation puisqu’il
finira ses jours « moine chantant messe ».
L’évolution du personnage indique très nettement où
se situe la hiérarchie arthurienne dans son évolution,
de la fonction guerrière à la fonction magico
religieuse.
Ainsi
dans le scoutisme, la promesse scoute ménageait cette
transition vécue par le jeune chevalier passant la nuit en
méditation avant d'être adoubé, puis de recevoir
ses éperons (pour nous les insignes) d'être admis et
reconnu par ses pairs (la patrouille) et désormais chargé
de défendre la veuve et l'orphelin (le fort protège le
faible...). Aux situations du page, de l'écuyer et du
chevalier, correspondent dans le scoutisme celles de novice,
d'aspirant scout de deuxième classe, puis de première
classe.
Pour les Scouts de France, la référence de la chevalerie est aussi explicite dans le Cérémonial de 1929 qui mentionne l’existence d’un insigne de Routier Chevalier: Le Scout Chevalier continuait à porter son insigne sur fond vert jusqu’à ce qu’il ait obtenu celui de Routier Chevalier. L’insigne, lui aussi sur un pentagone sur fond grenat tissé en fil or et argent, représentait un casque héraldique de chevalier brodé en jaune d’or sur fond rouge foncé.
DE LA LUMIERE A L’OMBRE.
Deux
schèmes de l’imaginaire sous tendent ces rencontres qui sont
aussi celles du scout: la forêt et la fontaine.
La
forêt.
Le
premier est celui de cet espace transitionnel qu’est le milieu
forestier, indispensable à l'accomplissement des aventures
héroïques, auxquelles il fournit un cadre préparatoire,
les tournois ayant lieu aux portes des cités. Espace de
réclusion et d'initiation pour les héros en quête
d'aventures, lieu de rencontres aussi avec l'Autre Monde, en certains
lieux bien localisés eux-mêmes dans l'espace forestier.
Il est incontestablement un topos de l'aventure chevaleresque et
courtoise comme il le sera pour nous de l'aventure scoute.
La
rivière est aussi partout présente dans le roman
arthurien, dés que les héros sont en quête
d'aventures, elle cerne des lieux qu’elle oppose aux alentours des
cités et, bien entendu, à l'espace urbain. De même
le scout passe un grand nombre de journées, à jeter des
passerelles: ponts de singe, fabrication de ponts. Plusieurs
chansons du folklore scout le rappellent volontiers.
L'espace
chevaleresque est parfaitement mythifié: dans l'ager
tout devient possible en termes de sauvagerie: rencontre de monstres,
de chevaliers pris de folie (cf La Folie Tristan), avec l'homonymie
que nous constatons entre la feuillée et la folie, comme si en
rejoignant la nature sauvage, les héros arthuriens
abandonnaient peu ou prou leur civilisation. C'est sans doute dans ce
même esprit que sont valorisés dans le scoutisme les
raids survie, et autres test verts. C'est
vrai de Perceval, décrit comme un jeune sauvage, niais et mal
dégrossi qui est fasciné en voyant les chevaliers
passer en forêt, il les prend pour des anges, ça l'est
encore de Lancelot élevé au fond d'un lac au milieu de
la "forêt qui surpassait en beauté toutes les
forêts de Gaule et de la Petite Bretagne... et s'appelait Bois
en Val" (Lancelot en Prose).
La
Forêt est encore dans le roman arthurien le lieu de
manifestations surnaturelles et terrifiantes comme l'a montré
Francis Dubost1.
Lieu délaissé de Dieu, elle hante l'imagination
médiévale en y mettant en scène diverses figures
de l'étrangeté: monstres, bêtes, forestiers obtus
et nains difformes s'y trouvent sans cesse sur les chemins de la
Quête qu'empruntent les chevaliers.
Quel
scout peut prétendre n'avoir jamais été
confronté à de pareilles figuees au creux d'un val
montagnard, entre chien et loup, quand s'activaient les chasses aux
animaux imaginaires que nous nommions dahuts ou piternes.
La
fontaine.
Un
autre élément s'y trouve souvent accolé, c'est
le motif de la fontaine dont on voit bien le lien avec la
forêt. Elle est valorisation de la quête de l'intimité,
parenté recherchée par les romanciers entre le refuge
des sous bois et celui de l'eau matricielle procurant réconfort.
Hantée par les fées, elle apporte aux lieux
fréquentés par elles, cette qualité qui est
celle du locus amoenus,2
facilitant le passage dans l'Autre Monde aux humains qui viennent à
s'y égarer, entreprise risquée et périlleuse qui
vient encore renforcer la fonction initiatique de la forêt
médiévale.
Héritier
du légendaire celte, ce motif appartient au symbolisme lunaire
et féminin, les eaux des fontaines y sont isomorphes de
l’intériorité féminine (les eaux
primordiales). Les fontaines sont gardées par une chevalier au
service de la reine ou de la déesse dont il obtient les
faveurs après avoir défait un autre chevalier en combat
singulier. Le dépassement des contraires, des antagonismes,
permet la renaissance dans les eaux vives du salut. Car c’est de la
grande déesse, la mère nature, que provient l’énergie
psychique et cosmique, qui commande aux éléments. Jung
rappelait que les mots mère, mar (mare =
mer) et mara (la sorcière) étaient très
proches, d’où Marie des chrétiens.
Ce thème de la Fontaine est donc doté d’un symbolisme très fort bien souligné et sublimé dans la Légende arthurienne (la fontaine d’Yvain le Chevalier au Lion, la fontaine de l’ermite du Lancelot en prose…).
La
Quête du Graal, fontaine mystique s’inscrit aussi dans
cette problématique par isomorphisme, le graal évoque
aussi les fontaines, les entrées souterraines, les grottes
rapportées en dernière analyse à la vulve de la
grande déesse primitive, dispensatrice de tous les biens, de
tout ce qui est à la fois nourricier, chaud, intime, doux et
accueillant. Ce schème est lié à ce que Gilbert
Durand appelle " la chaude intimité de la
substance ".
Dans
les archéo récits comme dans les romans arthuriens, le
thème de la Fontaine lié au Merveilleux, à la
capacité qu’elle donne aux héros de se ressourcer au
sens propre. En contrepoint d’un régime de l’imaginaire
marqué par l’héroïsme et l’ascensionnel, ce
symbole vient en atténuer les effets schizomorphes pour en
euphémiser les conséquences. Nombre y ont sans doute
trouvé viatique à poursuivre la quête entreprise
en même temps que le gage du renouveau de nos aventures.
L'ermite
des romans arthuriens et sa fontaine, lien avec les séjours
célestes et les fontaines, point d'accès aux séjours
chtoniens, consacre au sens fort la christianisation du mythe
forestier en même qu'il prend la relève des êtres
surnaturels qui la hantent. Accomplissant la fonction qui a manqué
à l’éducation chevaleresque toute tournée vers
le paraître et l’héroïsme, il conduit les
chevaliers à la rencontre de leur intériorité,
de leur part d’ombre dans l'espace forestier qui permet ce double
accés, entre l'air et les eaux.
C'est
la force du scoutisme d'avoir su conserver cette capacité à
joindre entre eux, dans son processus pédagogique, deux
régimes de l'Imaginaire (diurne et nocturne) pour permettre au
jeune scout d'accéder à une véritable
individuation, entre animus et anima. C'est pour nous ce qui
différencie vraiment notre pédagogie de pédagogies
plus factuelles ou objectives. C'est aussi, en revanche, ce qui
suscite la méfiance des autres, car elle permet de vivre
pleinement une expérience difficilement dicible car
intériorisée par le scout en le mettant sur la voie de
la maîtrise...
Dans
la quête chevaleresque, trois structures de l’Imaginaire
analysent les rapports de Lancelot du Lac avec la notion de passage
initiatique, nous les retrouvons dans le scoutisme :
-
une dominante posturale ordonnée au régime héroïque
et largement diurne des images, entre idéalisation et
antithèse, lorsque la rencontre qui le laisse parfois pantois
et cruellement blessé, lui apporte gloire et réputation?
De même le scout doit secourir et aider son prochain même
au prix de sacrifices,
-
une dominante copulative et dramatique, marquée par la
dialectique des antagonismes mis en oeuvre au cours du roman et qui
aboutit à la mise en scène, du temps régressif,
d’un temps hors du temps, et le temps du camp, celui de la nature
sont bien, pour la méthode scoute, celui du retrait,
une
dominante mystique, un ensemble de rencontres avec des
personnages sacrés au coeur de Nature, au château
aventureux au milieu des eaux, domaine du riche roi pêcheur
nous semblent analyser un régime d'images nocturnes marqué
par le réalisme sensoriel, prolongeant le temps de la grotte
aquatique. La confrontation des jeunes scouts aux grands rythmes
naturels, de jour comme de nuit, au creux protecteur des forêts,
est aussi incluse dans le scénario initiatique proposé
par le scoutisme.
Conclusion.
La force du scoutisme consiste à proposer des histoires vécues et vraies et dans le même temps qui soient fondées sur l’irruption d'un sacré organisant le Monde et racontant aux jeunes pourquoi il est tel qu’il est aujourd’hui... Au fond, le scoutisme fait revivre aux jeunes des récits mythiques dans une société vouée au consumérisme et au factice, à la facilité.
Ce particulier de l’universel, et, réciproquement, l’universel « ontologique » nous atteint nous, au 21ème siècle, parce que le mythe a cette particularité de transcender l’histoire particulière, la généalogie de chaque situation, pour atteindre chaque jeune hors de son contexte habituel, familier, profane. Il lui permet pourtant de re penser ses sensibilités et ses connaissances dans le contexte actuel. «Le devoir du scout commence à la maison », exprime ainsi cette maxime qui veut que l'initié poursuive au dehors ce qu'il a engagé sur le lieu de son initiation. C’est le nouage de l’imaginaire et du symbolique incarné dans des situations hors de la vie quotidienne qui contribue à le construire dans sa réalité humaine. C'est encore la force du scoutisme d'avoir pu, en sa méthode, se relier à ces traditions initiatiques dont nous avons vu qu'elles étaient la chose du monde la mieux partagée dans de nombreuses sociétés lorsqu'il s'agit d'organiser le passage de l'enfance à l'âge adulte à l'encontre de nos sociétés que l'on a décrit comme adolescentriques4..
Mieux et plus, il organise la transition à une époque où seuls ceux qui sont capables de transition, de nomadisme, de vagabondages initiatiques, de réenchantement du monde (Michel Maffesoli) seront suffisamment armés pour affronter les temps nouveaux. Comme l'écrit le sociologue Georges Balandier : « l'imaginaire emporté dans le flux ininterrompu des images et des figures qui le manifestent se nourrit encore de thèmes anciens: ceux qui le rétablissent dans une durée et l'allient aux mythes dont les significations restent vives, ceux qui resurgissent dans les vides que l'homme imaginant de ce temps ne parvient pas à combler. Et toutes les périodes de transition révèlent ce retournement vers les sources premières, vers les mythes du commencement, vers les savoirs cachés et protégés... 5»
En ce sens, le scoutisme est une pédagogie de l'Imaginaire en actes.
Et nous rejoindrons ici le philosophe René Guénon6: « quand les traditions se réfèrent à ces ailleurs où perdurent les mainteneurs de La Tradition, écrivait-il, elles ne font pas autre chose que d’affirmer qu’aucune entreprise humaine, culture, civilisation, ne peut apparaître ni se maintenir sans un minimum de référence à la problématique qui constitue la figure de l’homme ».
Ainsi, face à une tendance observable à la désymbolisation, laquelle produit une réduction du champ mental7, le scoutisme propose la figure active et dynamique d’une quête chevaleresque, certes, humaine, surtout, car c’est bien de la construction pour chaque garçon, pour chaque fille, de son temple intérieur qu’il s’agit. Mainteneur de la Tradition, le scoutisme affirme avec force l'Etre, c'est d'ailleurs sur ce mot que se termine le chant de la promesse: « je maintiendrai ».
Sur les sentiers des camps du scoutisme se vivent en effet les figures symboliques récurrentes et pérennes de l’aspiration à une autre vie, celle du pèlerin de l’absolu qui sommeille en chacun.
Georges Bertin.
